En démocratie, on gouverne en tenant compte de l’opinion publique. Il ne s’agit pas forcément, pour les pouvoirs publics, de faire systématiquement la volonté de ce que veulent les citoyens, mais de tenir compte des aspects qui, au regard de la loi, sont de nature à être pris en compte. Car dans un Etat de droit, la puissance publique est soumise à la volonté de la loi et non à celle des acteurs qui le dirigent. C’est en cela que l’opinion publique est un repère de gouvernance indispensable en démocratie.
L’opinion publique s’exprime aussi bien à travers les médias qu’à travers les manifestations légalement autorisées. Lorsque des citoyens organisent des marches pacifiques pour soutenir une initiative des pouvoirs publics ou pour exprimer un mécontentement, ils manifestent une opinion destinée aux responsables publics pour soutenir une décision, un projet de loi, etc, ou pour manifester leur opposition. La Constitution, à travers son article 27, garantit les libertés d’association, de réunion, de cortège et de manifestation, «dans les conditions fixées par la loi». Généralement, c’est la sauvegarde de l’ordre public qui s’oppose à l’autorisation de manifester. Mais, le droit de manifester est reconnu par la Constitution.
Chez nous, la gouvernance publique est peu soucieuse de l’état de l’opinion publique. Au contraire, l’exercice de la puissance publique se confond souvent à l’autoritarisme, c’est-à-dire au mépris de la loi dans la prise des décisions publiques. On fait ce que veut celui qui dirige et non pas ce que dit la loi. Comment comprendre qu’on reproche à un citoyen le fait de s’être servi des médias sociaux, pour défendre sa cause en justice? Que doit faire un citoyen face à un abus de droit? N’est-ce pas chercher à se défendre à travers les mécanismes que la loi permet?
L’on peut aussi prendre l’exemple de l’accord signé entre le gouvernement et une société privée rwandaise, portant sur la concession de terrains d’exploitation agricole, qui soulève des vagues au sein de l’opinion publique. Face à l’indignation suscitée par cet accord, le gouvernement aurait pu déjà faire une mise au point, dans le souci de clarifier cette affaire. A la place, c’est le silence qui prévaut. Ne dit-on pas que «le chien aboie la caravane passe»? Mais, si la gouvernance publique prend l’habitude de s’identifier aux caravanes qui passent leur chemin en dépit des chiens qui aboient, avouons tout de même qu’elle aura réussi à enterrer l’Etat de droit. Il y a des situations où la lanterne de l’opinion publique mérite d’être éclairée par les gouvernants, pour ne pas accumuler des malentendus qui sont une menace à la paix sociale.

L’HORIZON AFRICAIN