Elections législatives et locales de juillet 2022

Voulait-on réellement éviter le désordre, la violence, la fraude et la tricherie?

Les Congolais étaient aux urnes, comme prévu, le lundi 4 juillet pour les agents de la Force publique et le dimanche 10 juillet 2022 pour tous les autres électeurs, afin d’élire les députés de la prochaine législature et les conseillers municipaux et départementaux. Les deux scrutins, financés entièrement sur budget de l’Etat, se sont déroulés dans le calme, mais on relève de nombreux problèmes d’organisation ayant provoqué de sérieux dysfonctionnements, avec des cas graves dans certaines circonscriptions. C’est comme si le désordre, la violence , la fraude et la tricherie sont les points communs de ce double scrutin dont on peut parfois s’interroger sur la fiabilité des statistiques qui en découlent. Quant au taux de participation, il est, de manière générale faible. Les Congolais ont quelque peu boudé les urnes, même si dans certaines circonscriptions, l’enjeu des batailles politiques a suscité un certain engouement.

Côté financement, les opérations électorales n’ont pas souffert de difficultés de nature à impacter l’organisation des opérations de vote. Le Ministère de l’administration du territoire, de la décentralisation et du développement local a été alimenté en budget pour le financement des opérations pré-électorales (achat et fabrication de matériels électoraux, impression des listes et cartes électorales, des registres, bulletins de vote et autres matériaux de travail).

Le trafic des cartes de vote est devenu courant dans les élections au Congo.
Le trafic des cartes de vote est devenu courant dans les élections au Congo.

De même, la C.n.e.i. (Commission nationale électorale indépendante) a eu les fonds nécessaires pour le déplacement des équipes à travers le pays, la mise en place des commissions locales d’organisation des élections, les primes des agents électoraux, etc).

Mais, on a remarqué un grand désordre dans le fonctionnement du système électoral. Cela a commencé avec la disparition des noms de certains candidats sur les bulletins de vote. Ceux-ci étaient, en effet, surpris de constater, le jour du vote des agents de la Force publique, que leurs noms et leurs logos ne figuraient pas sur les bulletins uniques de vote. Une dizaine d’entre eux avaient manifesté devant la D.g.a.e (Direction des affaires électorales à Brazzaville).

Dave Uphrem Mafoula, candidat à Mossaka 1, a été arrêté avec brutalité.
Dave Uphrem Mafoula, candidat à Mossaka 1, a été arrêté avec brutalité.

Les bulletins de vote des élections locales venaient à manquer dans les bureaux de vote de certaines circonscriptions électorales. Les candidats n’étaient pas informés sur les listes électorales des agents de la Force publique et soupçonnaient la création de bureaux de vote illégaux. Quant aux cartes électorales, dans certaines circonscriptions, ça ne posait pas de problème, les électeurs ayant reçu leurs cartes de vote. Mais, dans d’autres circonscriptions, il y avait problème avec des électeurs n’ayant pas de cartes de vote. Dans certains cas, ils ont malgré tout voté, mais dans d’autres non.

La conservation des urnes scellées du scrutin des agents de la Force publique a aussi posé problème dans certaines circonscriptions, en ce qui concerne le transport par les personnes habilitées et les lieux où ils devaient être entreposées. Comment s’assurer qu’il n’y aura pas substitution des urnes?

Pendant le scrutin du 10 juillet, ces dysfonctionnements se sont amplifiés, en plus des actes de tricherie, de fraude ou tentatives de fraude, de transhumance d’électeurs par les candidats eux-mêmes, enregistrés ici ou là. Du coup, certains bureaux de vote ont ouvert leurs portes avec beaucoup d’heures de retard comme à Kinsoundi. Avec les réseaux sociaux, les images des dysfonctionnements, de fraudes et tentatives de fraudes, d’usage de faux, d’altercations, etc, ont circulé. Tout cela a fini par donner l’impression d’un grand désordre dans l’organisation des opérations de vote.

Les cartes de vote sont devenues des pièces précieuses pour les candidats. D'où le trafic.
Les cartes de vote sont devenues des pièces précieuses pour les candidats. D’où le trafic.

Dans beaucoup d’endroits, la police et la gendarmerie ont dressé des procès-verbaux de nombreux actes délictueux constatés. De faux documents électoraux, de faux billets de banque ont été saisis. Des personnes travaillant pour tel ou tel autre candidat ont été arrêtées, prises en flagrant délits de tricherie ou de tentative de fraude. Beaucoup de ces actes sont imputables à des candidats de la majorité présidentielle, particulièrement du P.c.t. Mais, va-t-on assister à l’invalidation des candidatures? On peut en douter. Ce sont les petits poissons qui vont payer. A Mossaka, c’est un candidat de l’opposition, Dave Uphrem Mafoula, voulant se faire justice, qui a été arrêté avec brutalité. Son parti demande sa libération.

Bref, s’il faut se féliciter de la tenue des élections, de manière régulière en République du Congo, il y a lieu de s’indigner tout de même de la montée de la culture du vol, de la tricherie, de la fraude et de la violence qui semble caractériser les Congolais. La démocratie ne peut pas s’en accommoder.

Ralph Justin OBILANGOULOU

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