Le parti d’André Milongo, ancien Premier ministre de transition (1991-1992), est secoué par un vent de division dû à la mauvaise interprétation des textes fondamentaux du parti. D’un côté, il y a l’aile Guy-Romain Kinfoussia, qui a organisé, le 6 septembre 2021, des assises de réconciliation et de réunification du parti. De l’autre, il y a l’aile Paul Dihoulou, ancien secrétaire général du parti, devenu président, qui a refusé d’y participer. L’U.r.d-Mwinda retrouvera-t-elle réellement son unité comme à sa création? Notre rédaction a choisi de donner la parole, cette fois, à l’aile Dihoulou. Et c’est son porte-parole, Dominique Ndandou Foufoundou, membre du Secrétariat national, qui a accepté de répondre à nos questions. Entretien!

* Monsieur le membre du Secrétariat national, pourquoi avez-vous boycotté les assises de réconciliation et de réunification du parti, organisées par Guy-Romain Kinfoussia?

** Monsieur le journaliste, nous vous remercions d’avoir enfin décidé de venir vers nous, pour donner la possibilité aux lecteurs de votre journal de comprendre la situation exacte de l’U.d.r-Mwinda.
Au commencement était le projet de dissolution du parti, initié en juillet 2016 par Monsieur Guy-Romain Kinfoussia. Ce projet a suscité l’émergence, au sein du Bureau politique, de deux lignes diamétralement opposées sur la question. Tenant compte du serment que nous avions prêté à la mémoire du président-fondateur du parti, André Nsatouabantou-Milongo, selon lequel «Ya Milos, ta lampe ne s’éteindra jamais», nous nous étions inscrits dans la dynamique de survie du parti. Beaucoup de cadres comme moi sont surpris qu’aujourd’hui, ceux qui se sont battus corps et âme pour la dissolution de l’U.d.r-Mwinda s’ébrouent à s’accrocher à son label. Pour eux, c’est assurément un impératif de survie politique et non une option réelle et vraie de ne pas éteindre la lampe de Ya Milos.
Pour en arriver à votre question, il convient de noter, tout simplement que, tout en l’admettant, Monsieur Kinfoussia minimise la profondeur de la crise qu’il a créée au sein du parti. Voilà pourquoi il ne fait pas les choses proprement. Monsieur Guy-Romain Kinfoussia, qui a déclaré que le pouvoir lui a été donné par l’unique congrès de 2008 et il y a un autre qu’il organisera, feint d’ignorer qu’à l’U.d.r-Mwinda, le président du parti est élu par le Conseil national (cf. article 48 des statuts du parti). Et que le Conseil national est l’instance supérieure de Direction du parti dans l’intervalle des congrès. Ne pas le reconnaître prouve sa méconnaissance des textes du parti. En réalité, Monsieur Guy-Romain Kinfoussia fonctionne comme si cette instance n’existait plus et que tout le parti est à refaire «par lui».
Voilà pourquoi, pour se voiler la face, il a entrepris d’organiser des assises dites de la réconciliation. Il n’y croit du reste pas. Au lieu de les organiser telles quelles, à la hussarde, et tenant compte de la gravité de la crise, les assises auraient eu des termes de référence, termes sur lesquels nous nous serions tous penchés pour, in fine, recenser les véritables mobiles de la crise et les solutions que l’on y apporterait. Cela aurait abouti à un code de bonne conduite ou quelque chose de ce genre qui constituerait la référence pour l’avenir. Au lieu de cela, un Monsieur, sorti de nulle part, sauf de la poche de son commanditaire, Monsieur Kinfoussia, est venu nous voir, sans le moindre document à l’appui, sans la moindre invitation de politesse, juste pour tenter de nous convaincre des retrouvailles dont il ne sait rien du tout.
Tout le mensonge politique et tous les discours orduriers et injurieux ne participent que d’une fuite en avant. In fine, qu’est-ce qu’une réconciliation si les protagonistes ne sont pas concernés?
Ce monsieur a crânement contourné le Conseil national, qui l’avait certes désavoué en 2017, avant de l’en sortir en 2018, mais qui demeure notre direction nationales. Il l’aurait consulté. Or, faire comme si cette instance n’existait pas, cela voudrait dire que lui-même n’existe pas. Tout le reste n’est que souverainisme et l’interview très singulière qu’il vous a accordée le démontre bien. À l’U.d.r-Mwinda, les choses ne se passent pas ainsi.
Dans l’interview qu’il vous a accordée, il épingle les anciens membres du P.c.t qui seraient venus à l’U.d.r-Mwinda pour le mettre à rudes épreuves. Il n’en sait rien du tout. Depuis son arrivée au parti, il n’a fait aucun effort pour intérioriser les textes fondamentaux du parti. Toute la question qui se pose à notre parti, c’est celle-là: le respect des textes du parti et les hommes appelés à les appliquer.

* Pourquoi?
** Ceux qui, comme Monsieur Kinfoussia, auraient dû travailler à former les militants, organisationnellement et politiquement, ne se préoccupent que de leur positionnement. Ils exploitent leur naïveté et c’est dommageable. Comment ne pas se savoir que, selon les textes du parti, le «congrès ne procède qu’à une élection»: celle du Conseil national. Que le Conseil national élit le président du parti, le Bureau politique et la Commission nationale de contrôle?
Monsieur Kinfoussia se dit avoir été élu par le congrès. Non! Il a été élu à l’occasion du congrès, par le Conseil national, en session inaugurale. A l’U.d.r-Mwinda, aucun président n’a reçu, seul et directement, un pouvoir et des missions du congrès.

* Même lui-même, le président-fondateur, André Milongo?
** À la suite de la création du parti, le président Milongo attendait de ses collaborateurs au Bureau exécutif national d’organiser un congrès national, pour qu’il y eût des instances à qui ils rendraient compte, pour éviter d’être juge et partie. Cela avait mis du temps jusqu’en 1997, quand devait être mis en place le Comité directeur du parti. Je puis dire que ceux qui s’en vantent, aujourd’hui, ne savaient même pas comment et par qui ce travail était fait.
Le président-fondateur du parti, un homme respectable, n’a jamais versé dans le souverainisme comme celui-là que le parti a, finalement, eu tort de mettre à sa tête. Il ne se préoccupe même de savoir pourquoi cela. Tout dirigeant politique doit ratisser large, au lieu de se féliciter des départs des cadres et militants, comme le fait Monsieur Kinfoussia. C’est cela le leadership.
Que lèguera Kinfoussia aux générations futures? Son esprit de suffisance, son arrogance, son caractère irrespectueux, son manque d’humilité? Cela, vous conviendrez avec moi, ne fait pas leadership et il est difficile de l’avoir comme leader. Posez la question à son entourage de 2006, je ne sais pas si vous trouverez quelqu’un qui me contredirait.

* A vous entendre parler, chaque aile tire la couverture de son côté. Au point où vous êtes arrivés, qu’allez-vous faire?
** Il ne s’agit pas de cela. Ce qui vous a manqué sur cette crise, vous, les journalistes, c’est l’esprit d’investigation. Guy-Romain Kinfoussia se dit avoir un pouvoir spécifique au sein du parti, alors qu’il n’en est rien. Entre ce qu’il dit dans vos journaux et la réalité, ce que chacun d’entre nous connaît, il y a un fossé. Aujourd’hui, il vient assurément de se réconcilier avec certains militants dont il avait voulu dissoudre leur parti. Il se contente du départ de ceux qui ont assumé le terrain «U.d.r-Mwinda» pour y avoir été élus. Tout un potentiel qu’il a perdu et il en est fier.
Mais bon! Radical et résistant comme il a su se proclamer pendant longtemps, il fonctionne instinctivement et non comme un dirigeant politique. Les résultats sont là. Quant à nous, rassurez-vous, nous défendons des idéaux que nous avons eu le temps d’intérioriser et une ligne légitime que nous maîtrisons. Nous nous gardons de crier comme des loups.

Propos recueillis par
Chrysostome
FOUCK ZONZEKA

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