La jeunesse dans tout pays est censée être la pépinière. Elle est constituée par l’ensemble des personnes, hommes et femmes de la tranche d’âge de 18 à 35 ans révolus. Ce sont des jeunes qui sont soit encore au lycée ou dans des instituts d’études supérieures et professionnelles, soit déjà dans la vie professionnelle. Aujourd’hui, la jeunesse congolaise est stratifiée et catégorisée malheureusement en trois parties: la jeunesse privilégiée; la jeunesse entreprenante et la jeunesse marginalisée (la jeunesse lambda). Voici la troisième catégorie, la jeunesse marginalisée !

C- La jeunesse marginalisée. Celle-ci comprend trois catégories:
1- Les diplômés sans emploi, (euphémisme pour ne pas dire chômeurs):
Ils galèrent et tirent le diable par la queue. En quête permanente d’emploi ou d’une intégration dans la fonction publique, ils sont souvent en piquet de grève devant les ministères où ils animent des concerts de casseroles et de vuvuzelas dans un grand tintamarre.

2- Les pestiférés:
Il s’agit ici des enfants issus des parents ayant assumé de hautes fonctions politiques (ministres, députés, ambassadeurs, etc., tous déchus), lesquels parents sont laissés au bord de la route par les nouveaux dirigeants. Aucune porte ne leur est ouverte par méchanceté gratuite.

3- Les dépravés:
Ce groupe concerne de jeunes garçons et de jeunes filles, tous peu courageux et partisans de moindre effort. Ils sont enclins à la facilité et à l’acquisition de l’argent facile; ils ont aussi un penchant au plaisir de la chair et à l’alcool. Friands de commérages, de rumeurs et de ragots, ils fréquentent assidûment les ngandas et autres caves et boîtes de nuit, tous les lieux de plaisir et des loisirs où ils sont exposés ipso facto à toutes les tentations (alcoolisme, prostitution, tabagisme, drogue, stupéfiants, hallucinogènes, etc.). Malheureusement, ces jeunes n’honorent ni leurs familles ni la société congolaise. D’aucuns diraient qu’ils sont indécrottables. C’est pourquoi le gouvernement et les familles ne doivent ménager aucun effort pour les aider à sortir de cette malheureuse situation et pour les arracher à leurs mauvais penchants.

4- Les délinquants:
Ce groupe est constitué par la plupart des jeunes qui refusent d’accepter leurs conditions et qui, par aigreur, s’en prennent aux autres. Ils sont auteurs de petits larcins, vols à la tire, vols à mains armées, cambriolages, braquages, coupures de route. Ils sont les pensionnaires permanents de la maison d’arrêt de Brazzaville ou des prisons de l’intérieur. Leur déshonneur rejaillit sur leurs parents. D’autre part, les personnes n’ayant parfois pas d’autre choix que de tomber dans la criminalité et qui constituent, entre autres, le terreau fertile pour le recrutement des kulunas (arabes, américains, bébés noirs), et des miliciens. C’est de ce terreau que sont issus, en effet, les ninjas, cobras, zoulous, nsiloulous, cocoyes, requins, mambas, tous des milices de triste mémoire. Nul besoin de rappeler que les Congolais ont souffert ou continuent à souffrir des violences et des horreurs dont les auteurs sont ces jeunes armés. Ces derniers ont été instrumentalisés par des dirigeants politiques. Ils sont aujourd’hui des ex-combattants, certains intégrés dans la Force publique, d’autres se débrouillent avec des petits métiers et d’autres encore continuent d’alimenter des réseaux de criminalité armée.
C’est ici l’occasion d’insister sur le ramassage permanent de toutes les armes circulant entre les mains des jeunes. Car, la suppression, l’interdiction et le désarmement des milices, la réinsertion des combattants démobilisés sont des aspects indissociables du maintien et du renforcement de la paix, élément essentiel des efforts de réconciliation et d’unité après un conflit. D’autre part, une démobilisation réussie suppose non seulement le démantèlement des structures paramilitaires mais aussi l’insertion dans l’activité productive des combattants démobilisés. Ce qui, à son tour, nécessite l’organisation de programme d’éducation et de formation, la création d’emplois et le traitement des traumatismes subis.
Ainsi, les miliciens démobilisés doivent être orientés vers des secteurs productifs comme l’agriculture et l’élevage ou envoyés dans les grands chantiers relatifs à la construction ou à l’entretien des ponts et des routes, à la réfection du C.f.c.o, l’épine dorsale de l’économie congolaise ainsi qu’à la rénovation des écoles, des dispensaires et des sites de formation. Ils suivraient auparavant une formation professionnelle accélérée dont le principe serait: «un ancien milicien = un métier». Il faut éviter coûte que coûte au milicien démobilisé de tomber à nouveau dans l’oisiveté, voire dans le chômage qui, ipso facto, engendre la misère qui, cela va sans dire, constitue par ailleurs, une menace permanente pour la stabilité sociale, pour le développement des peuples et pour la paix. En effet, il faut reconnaître que la misère économique et le chômage sont des ingrédients puissants, une aubaine pour les politiciens et autres chefs de gang qui abusent de ces jeunes qu’ils droguent et arment sans vergogne. Ces jeunes, on ne l’écrira et on ne le dira jamais assez, constituent un terreau de la culture urbaine qui repose sur la violence que l’Etat doit enrayer coûte que coûte et jusqu’au bout.

II- Pistes de solutions ou remèdes
I- Que faut-il faire pour l’avenir de la jeunesse congolaise?

A- La famille
Tout d’abord, il revient à la famille (parents biologiques: père, mère, grand-mères, grand-pères, oncles, tantes, frères, sœurs, cousins, cousines, etc.) de réhabiliter et de sauver coûte-que-coûte, la jeunesse marginalisée qui, ipso facto, continue à «se désintégrer progressivement et que nous avons laissée à la débandade et qui est inévitablement encline à s’écarter des voies de la décence et de la dignité et à commettre des choses viles». Car, «l’enfant est comme une plante qu’il faut entretenir, avec suffisamment d’attention et beaucoup de patience», dixit Dr M. Mbadinga.
Malheureusement, il sied de signaler que la probabilité des succès de cette approche serait faible, parce que tous ces jeunes sont déjà pris dans l’engrenage de l’accoutumance et de l’addiction. La plupart des jeunes ont franchi la barrière de la honte et du qu’en dira-t-on; «On part, on part» ou «S’en fout la mort!» sont leurs devises. Ils assument, désormais, leurs modus vivendi et operandi. Ils se sentent bien dans leur peau. Dommage!
A défaut d’actions correctives sur lesdits jeunes, il vaudrait mieux se tourner vers des actions préventives sur les générations futures. Comme l’a écrit Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle, «l’homme est naturellement bon et c’est la société qui le déprave». Ce qui signifie que les enfants qui naissent sont innocents et sans malice, jusqu’à l’âge de raison. C’est au contact de l’école, de la société et surtout du choc des cultures dans les agglomérations urbaines qu’ils forgent leurs caractères et que des sentiments divers les habitent.
Aujourd’hui, un autre phénomène s’est développé dans les grandes cités urbaines congolaises: les enfants de la rue. Ces enfants, qui ont fait de la rue, des carrefours ou des marchés, leurs domiciles, faute d’en avoir. Ces enfants le sont devenus en raison des circonstances particulières. Ces enfants rejetés sont des victimes désignées comme de grands rapaces qui rodent la nuit, des faucons, des vautours, des charognards et des prédateurs en quête de la chair fraîche et tendre. C’est pourquoi il faut se poser la question de connaître les causes profondes de ces fâcheux phénomènes.
Tout d’abord, ce sont les ruptures et les éclatements des cellules familiales qu’il faut incriminer, car dès le décès de l’un des parents ou des deux, les enfants sont abandonnés à eux-mêmes, la plupart du temps, parce que chassés avec leurs mères veuves, du domicile conjugal, par les neveux et les autres parents du De Cujus. Ainsi, ne pouvant plus aller à l’école, ou parfois même n’ayant rien à manger, ils sont abandonnés à eux-mêmes et devenant ipso facto des mendiants. Même les mbonguis qui étaient les foyers d’éducation et d’accueil des orphelins, grâce à la solidarité familiale, dans nos villages, ont disparu. La solidarité d’antan commence à disparaître ou a disparu, au profit malheureusement de l’égoïsme et de l’individualisme.
Ensuite, l’autre cause réside dans les problèmes économiques et sociaux. En effet, certaines familles éclatent ou ont éclaté sous le poids des charges que les pères et mères de famille ne peuvent plus supporter. Ce qui engendre la dispersion de la cellule familiale. A ce propos, il faut souligner que l’on assiste, au Congo, à un exode rural poussé et à une urbanisation galopante qui a pour corollaire, la transition sociologique, en l’occurrence la mutation du modus vivendi traditionnel en un modus vivendi moderne.
Jadis et jusqu’à une époque récente, nos villages vivaient dans l’autarcie et dans une économie fermée de traite et de subsistance, où les denrées alimentaires étaient disponibles et à foison dans les champs et l’alimentation carnée fournie par les animaux domestiques et les gibiers. Peu de dépenses étaient exigibles et effectuées.
Désormais, avec la vie moderne, les Congolais sont entrés dans l’économie marchande où tout doit se négocier avec de l’argent: nourriture; santé; éducation; services divers, etc. C’est devant cette équation que se trouvent beaucoup de Congolais désœuvrés, l’oisiveté étant la mère des vices, parce que n’ayant pas les moyens ni la formation adéquate pour exercer un métier en vue de s’assurer un salaire minimum qui est parfois payé irrégulièrement. D’où le spectre de la misère, de la pauvreté et de la clochardisation quotidiennes. (A suivre).

Dieudonne
ANTOINE-GANGA