Fils d’un ancien cadre du P.c.t et frère du secrétaire exécutif du Conseil consultatif de la jeunesse, Destin Gavet, président du M.r (Mouvement républicain), s’est illustré, pendant la campagne présidentielle de mars 2021 où il a soutenu la candidature de feu Guy-Brice Parfait Kolélas, comme un grand mobilisateur, dans la partie Sud du Congo. Il avait eu des mots durs contre certains leaders de l’opposition qui s’étaient abstenus de soutenir le candidat de l’U.d.h-Yuki. Dans l’interview qu’il nous a accordée, Destin Gavet invite la jeunesse à faire de bons choix et surtout, à ne pas se laisser prendre dans le piège des marchands d’illusions. Il regrette la disparition tragique de Guy-Brice Parfait Kolélas et estime que l’opposition congolaise doit organiser ses états généraux, pour mettre de l’ordre en son sein. Interview.

* Vous avez choisi d’être à l’opposition, alors que votre défunt père fut membre du Parti congolais du travail et votre frère préside aux destinées d’une institution constitutionnelle. Qu’est-ce qui a motivé ce choix politique?
** Merci, monsieur le journaliste, pour cette occasion que vous m’offrez de m’exprimer dans les colonnes de votre journal. Mon défunt père, Jean-Bernard Gavet, vous l’avez souligné, était membre du Comité central du P.c.t. Evidemment, mon frère l’est également. La politique est un problème de conviction. On ne choisit pas d’être opposant. Nous sommes plutôt un parti anti-système. Généralement, lorsque vous êtes contre une gouvernance, vous devenez, automatiquement, opposant. Nous ne pouvons pas refuser cela et nous l’acceptons, parce que notre pays va mal. Pour un vrai républicain, il ne peut accepter ce qui se passe dans notre pays. D’où notre positionnement à l’opposition.

* Avez-vous les moyens nécessaires pour mener la lutte à l’opposition?
** Comme dit le poète, «aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années», mon combat est motivé par plusieurs personnalités en Afrique que je prends pour modèles, entre autres: Laurent Gbagbo; Abdoulaye Wade; Etienne Tshisekedi. Ces personnalités ont lutté face à des régimes autoritaires. Mais au bout de la lutte, ils ont fini par devenir Présidents de la République, surtout pour les deux premiers.
Le combat politique d’Etienne Tshisekedi a permis au fils d’arriver au pouvoir. Je pense qu’il n’est jamais trop tard pour faire de grandes choses. Lorsqu’on a une vocation pour apporter du sien dans le redressement de son pays, ne pas le faire est un véritable danger. Avec la petite expérience que nous avons acquise, nous avons compris ce que les Congolais veulent, parce que nous avons été dans tous les douze départements. Nous sommes l’un des rares partis de l’opposition, qui est implanté dans tout le pays. Nous avons recueilli toutes les difficultés auxquelles les populations sont confrontées. Il est temps, pour nous, de vendre notre idéal politique, un projet de société qui va rassembler les Congolais dans l’unité, afin que chacun de nous puisse apporter ce qu’il faut pour reconstruire notre pays. Il n’y a pas de démocratie dans notre pays. Lorsque la justice n’est pas forte, la démocratie n’existe pas. Aujourd’hui, la justice est aux ordres, elle ne protège pas les citoyens. Notre pays doit retrouver ses lettres de noblesse, c’est ce à quoi nous travaillons.

* A l’élection présidentielle de mars 2021, vous avez soutenu le candidat Guy-Brice Parfait Kolélas. Quel souvenir gardez-vous de lui?
** Guy-Brice Parfait Kolélas était un patriote, un républicain, un démocrate! Vous savez, le jour où il m’avait présenté son projet de société, «Le plan parfait pour le redressement du Congo», il m’a dit: Président Gavet, y a-t-il des choses à ajouter ou à retrancher? A 95%, son projet de société était bien conçu. Je lui ai demandé de mettre un accent sur l’unité nationale. Pendant la période de campagne électorale, j’avais bien découvert l’homme et il était l’homme politique le plus expérimenté en face du Président-candidat Denis Sassou-Nguesso, en termes d’idées et d’intelligence. J’avais beaucoup appris et il m’appelait fils. Et il me disait que le jour où je vais mourir, je serai fier, parce que je vais laisser le témoin entre de bonnes mains. Le 4 mars 2021, lorsque nous avons signé notre accord de gouvernement, il avait repris ces mots: «Je laisserai le témoin entre de bonnes mains». Sa disparition nous a déstabilisés et nous nous sommes sentis très faibles. Heureusement, nous avons beaucoup appris à ses côtés. Cette richesse, nous allons la capitaliser, pour l’intérêt de notre pays.

* L’opposition peut-elle poursuivre la lutte politique, si elle n’est pas organisée?
** Il faut que chaque parti qui se réclame de l’opposition arrive à entretenir sa base. C’est l’occasion, pour chaque parti, de revoir son action. Vous avez des partis dont les dirigeants n’ont jamais été changés. L’opposition congolaise est l’une des plus faibles dans le monde. Nous sommes inactifs. Tenir les états généraux, c’est une façon de créer une véritable synergie et une vraie coordination des forces politiques d’opposition.
En ce qui concerne notre parti, nous sommes en train de travailler. En novembre et décembre, nous avons sillonné plusieurs localités de notre pays, pour comprendre qu’à Ewo et à Impfondo, il n’y a pas d’électricité. Nous nous préparons aux échéances électorales. Nous pensons jouer notre partition au sein des institutions. Nous savons qu’il n’est pas facile de déboulonner un système qui est ancré depuis plus de quarante ans dans notre pays. Mais, il faut savoir qu’aucun système n’est éternel. Le moment viendra où ce système finira par passer, afin que les nouvelles énergies arrivent, pour développer notre pays qui est dans un chaos économique, social et environnemental sans précédent.

* Vous êtes jeunes, quel message lancez-vous à la jeunesse congolaise?
** La jeunesse doit comprendre que les convictions doivent être au-dessus de l’argent. Parce qu’aujourd’hui, la jeunesse est martyrisée, manipulée, abandonnée, alors que c’est elle qui est utilisée pendant les échéances électorales. C’est elle qui arbore les tee-shirts accompagnés de 2000 F. Cfa, pour faire la joie des acteurs politiques. Dans d’autres pays, la jeunesse a pris ses responsabilités. C’est ce que nous souhaitons pour le Congo.

Propos recueillis par
Narcisse MAVOUNGOU

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