Département sinistré, le Pool a besoin d’un «Plan Marshall», pour l’aider à renaître, aux fins de permettre à ses fils et filles d’avoir, à l’instar des autres compatriotes, la véritable «paix des cœurs et des esprits».

Le Département du Pool, ancienne «locomotive du Congo», dixit le Président Pascal Lissouba, il ne reste que l’ombre de lui-même. Malgré tous les programmes de réinsertion des anciens ninjas-nsiloulous, les paisibles populations du Pool continuent à sombrer dans la misère et dans la pauvreté. Elles se clochardisent et vivent un calvaire psychologique, physique et matériel permanent.
En tout cas, elles vivent, la peur au ventre, à cause du pasteur Ntumi et de ses ninjas-nsiloulous qui continuent à y faire la pluie et le beau temps d’une part, et à cause de ces militaires qui y sont stationnés et y multiplient des contrôles aux check-points qu’ils y ont placés, d’autre part. Et pourtant, un accord pour une paix pérenne avait été signé à Kinkala, le 23 décembre 2017; lequel accord aurait accouché d’une souris peut-être.
Néanmoins, des plateformes d’échanges intra-communautaires dans certaines sous-préfectures du Pool furent même mis en place dans le but de «permettre de briser les egos, de faire disparaître les stigmates psychologiques et les rancunes nés des actes qui ont pu être commis dans certaines circonstances souvent dictées par les moments critiques du conflit, briser les peurs, bref la haine qui serait installée dans les cœurs et les esprits».
En ma qualité de fils, de ressortissant et cadre de notre Département le Pool, même si je ne suis ni mandaté, ni habilité à parler des problèmes du Pool, comme l’allèguent mes détracteurs qui, par ailleurs, se prévaudraient en être les propriétaires (sic), ne pas en parler, signifierait, pour moi, une remisse en cause de mes convictions pour la paix et l’unité, une démission vis-à-vis de notre pays, le Congo, vis-à-vis de nos parents, des veuves, des veufs, des orphelins, de nos enfants et petits-enfants.
Aussi, en homme libre, appelé à répudier toute volonté de puissance, cause de guerre, de conquête, de domination et à contribuer à la réparation des maux issus de tous les excès de pouvoir, qui troublent la paix et prive les peuples de toute liberté, je me permettrais, puisqu’il n’y a pas vraiment d’évolution, de publier encore, dans le but d’interpeller, une fois de plus, les consciences de ceux qui nous gouvernent, in extenso, cet article que j’ai écrit, il y a quatre ans: «Département sinistré, le Pool a besoin d’un «Plan Marshall», pour l’aider à renaître».
Le Pool, écrivais-je, est, à mon humble avis, le département qui, parmi les autres, est une représentation de l’histoire de notre pays le Congo: histoire dynamique reflétant l’actif et le passif du déroulement d’une existence ainsi que le dévoilement d’une culture en évolution. Cette dernière est tant révélatrice d’une volonté de vivre capable de marquer les événements qu’a connus le Congo au cours de son histoire porteuse de l’interrogation qu’elle suscite aujourd’hui dans les expériences diverses vécues par les habitants, les fils et les filles du Pool, en tant qu’acteurs et victimes.
Une série d’événements malheureux et tragiques secouent le Pool depuis 1997. Ça fait vingt ans déjà! Lesdits événements à répétition restent, pour nous, fils et filles du Pool et aussi pour beaucoup de nos compatriotes, un questionnement qui se résume dans la nécessité de savoir pourquoi.
Oui, pourquoi le Pool, hier «locomotive du Congo», dixit le Président Pascal Lissouba, est aujourd’hui le «dernier wagon» (vuaku dia ba ntsima, le wagon des singes)? Pourquoi le Pool, hier scolarisé à 100%, regorgeant ipso facto de cadres compétents, dévoués et patriotes, est-il devenu le département où l’on compte, aujourd’hui, une génération d’illettrés, d’analphabètes, de jeunes sans pièces d’Etat-civil ou plus exactement sans acte de naissance, de jeunes non diplômés qui, pour survivre, s’adonnent à de vils métiers sans lendemain?
Pourquoi le Pool, hier à l’avant-garde dans la résistance à la colonisation, est-il devenu le département où la délation, le «ngonguisme», la traitrise et le gain de l’argent facile sont légion? Pourquoi le Pool est-il devenu le théâtre de tant de haine, de convoitise et de lâcheté humaines exprimées ou inavouées? Pourquoi le Pool hier dépositaire des valeurs et des vertus tékés et koongos du lumburu et du kimuntu, est-il devenu le département où les vices et les défauts sont devenus des qualités?
Tout Congolais avisé comprendra peut-être que c’est dans l’histoire globale du Congo que se trouvent certainement les éléments de réponse. C’est dire que le Pool a marqué l’évolution de notre pays. Est-ce ironique de penser que c’est la marque qu’il a faite sur cette histoire qui la poursuit? C’est dans le cynisme et dans la haine viscérale de ses bourreaux plutôt que dans la logique des événements historiques du Congo qu’il convient de percevoir l’intentionnalité des acteurs et des faits visant à la destitution sociale certainement programmée et à la démolition de la mémoire collective, ainsi que dans la destruction des villages, des repères, des «land marks» et des lieux du savoir.
C’est donc la longue durée qui se présente mieux comme la base d’interprétation morale entre l’impact du Pool dans l’histoire congolaise et sa transformation en enfer, causée par les razzias des milices et des militaires, politiquement et sans doute ethniquement hostiles au destin et aux aspirations des paisibles populations du Pool.
En s’efforçant d’esquisser une réponse à ces interrogations, tout observateur de la politique congolaise pourrait s’instruire sur les causes qui minent la société congolaise. Des gens et des événements sont certes présents au cœur des drames. Mais, peut-être serait-il judicieux d’insinuer que leurs esprits ne manqueront pas de buter sur un invisible pernicieux qui fait prévaloir la loi du mal et son accomplissement dans la destruction, au détriment du rêve humain et social, manifeste dans les actions et entreprises diverses de la population du Pool depuis toujours.

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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