La chasse illégale se pratique de plus en plus à ciel ouvert dans le Mayombe (Département du Kouilou), depuis la mise en service de la route nationale n°1, après son bitumage en 2011. Cette activité, qui attire de plus en plus de monde, constitue aujourd’hui une réelle menace sur la faune dans cette partie des forêts du pays. Il sied que le gouvernement y prête attention et favorise des activités alternatives, afin de préserver l’environnement.

Au Congo-Brazzaville, la chasse est règlementée par une série de textes dont la loi n°3772 du 12 août 1972 fixant les périodes de chasse en République du Congo. Cette loi indique que la chasse sportive est fermée du 1er novembre au 1er mai. Et même pendant la période d’ouverture de la chasse, il faut disposer d’un permis de chasse délivré par le ministère de l’économie forestière, comme recommande l’article 7 de la loi n°48/83 du 21 avril 1983 définissant les conditions de conservation et d’exploitation de la faune sauvage au Congo.
Les peines sont lourdes. L’article 61 de la loi n°48/83 par exemple des peines d’emprisonnement et de fortes amendes d’au moins 5 millions de francs Cfa, pour des infractions et/ou délits tels que la chasse hors de la zone du permis, la chasse sans permis et l’abattage des animaux protégés. L’article 65 stipule: «Lorsque le délinquant est agent de l’administration des eaux et forêts ou des forces de l’ordre, la peine sera aggravée». Malheureusement, ces lois sont presque ignorées sinon violées expressément par les chasseurs illégaux. «Députés, ministres, sénateurs, généraux hauts fonctionnaires des eaux et forêts, tous ces responsables s’arrêtent ici pour acheter la viande de chasse. Donc, ce n’est pas toi qui changeras ce pays», explique encore Stéphane, l’un des chasseurs dans le Mayombe.
L’administration forestière s’est abstenue de se prononcer sur la question, sans évoquer la moindre raison. Toutefois, des témoignages sur le terrain indiquent que c’est une affaire de copinage entre l’administration des eaux et forêts et toutes les personnes impliquées de la chaîne de valeurs de la viande de chasse, aujourd’hui très prisées du côté de Pointe-Noire.
«Ce sont les agents des eaux et forêts eux-mêmes qui nous préviennent de leurs descentes. Nous quittons les lieux avant leur arrivée. En contrepartie, nous leur donnons 1000 francs Cfa par bête. Voilà pourquoi, on ne nous attrape jamais», révèle un commerçant de l’autre hameau.
Si on ne les attrape jamais, ils savent tout de même que ce business n’est pas sans conséquences néfastes sur l’avenir de la faune dans le Mayombe. «Comme vous constatez, rien qu’ici, chaque jour, il y a plus de deux cents bêtes exposées. Multipliez cela par 30 jours; multipliez par 365 jours et tirez vous-même les conclusions. Oui, la faune du Mayombe pourrait disparaître un jour», redoute Albert, l’ami de notre fixeur. Et pourtant, des signes avant-coureurs sont déjà visibles. «Entre 2012 et 2015, c’était une zone très giboyeuse. Il suffisait de marcher sur à peine trois cents mètres, pour que tu rencontres une bête. Mais aujourd’hui, il faut parcourir près de cinq, voire sept kilomètres. Et avec ces ronronnements de scieurs artisanaux, ces vrombissements des véhicules, les animaux s’éloignent progressivement vers l’enclave angolaise du Cabinda ou s’enfoncent très loin vers des forêts frontalières du Gabon», reconnaît Lucien, natif du village voisin de Doumanga.
Cette hyperactivité cynégétique constitue, aux côtés du sciage artisanal et illégal de bois, une autre menace et pas des moindres, qui pèse sur le Mayombe. D’où l’impérieuse nécessité de mettre en place des mécanismes efficaces d’application des lois relatives à la faune et de mise en œuvre des activités alternatives à l’effet de détourner les populations des activités de chasse illégale.

John NDINGA-NGOMA
(Article réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund, en partenariat avec Pulitzer Center)

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