C’est un feuilleton qui abasourdit tout citoyen congolais animé du bon sens républicain du service public. L’ancien préfet du Département de la Likouala, Dieudonné Gilbert Djombo Bomondjo, a jugé opportun de déclarer sa fortune, à l’issue de sa passation de service avec son successeur, Jean-Jacques Mouanda, à Impfondo. S’adressant à Guy-Georges Mbacka, ministre de l’administration du territoire, de la décentralisation et du développement local, qui supervisait la cérémonie de passation de service, il n’a pas fait mystère de la fortune qu’il a accumulée personnellement, en faisant les affaires, non pas au Congo, mais à l’étranger. Ainsi, ses comptes bancaires à l’étranger affichent un total de 64 milliards 742 millions 700 mille francs Cfa. Pour qu’on ne cherche pas à l’emmerder, il a précisé que cet argent, il ne l’a pas gagné au Congo et il a pris le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, à témoin, car il sait que le préfet Djombo fait ses affaires à l’étranger.La vidéo a fait le buzz dans les réseaux sociaux congolais, la semaine dernière. L’ancien préfet de la Likouala, qui a régenté son département de main de fer, durant 25 ans environ, déclare lui-même ses avoirs financiers détenus dans des comptes bancaires à l’étranger. «Je rappelle que, moi Djombo, Monsieur le ministre, je n’ai jamais fait des opérations ici (au Congo). Quand le Président Sassou avait gagné les élections, moi j’étais déjà dans la Fonction publique, j’étais déjà administrateur-en-chef. Etant administrateur-en-chef, j’étais obligé de faire les affaires moi-même. J’ai des affaires à l’étranger. J’ai acheté une maison en France, avant que je ne sois (préfet). Le Président Sassou sait, Monsieur le ministre, que le préfet Djombo a des affaires à l’étranger. Au moment où je vous parle là, Monsieur Djombo aujourd’hui a (ses) 64 milliards 742 millions 700 mille francs», l’entend-on dire, dans la vidéo.
Sauf que l’ancien préfet ne dit rien sur la nature de ses affaires. En plus, il prend un malin plaisir de dire qu’il ne fait pas d’opération au Congo, car ses affaires sont à l’étranger. Ce qui signifie clairement qu’il ne paie pas d’impôt dans son pays. Est-ce est une qualité citoyenne? Le département qu’il a dirigé est réputé avoir comme grande ressource naturelle en exploitation, la forêt. Faut-il soupçonner que cette fortune est issue de l’exploitation du bois? En tout cas, un tel soupçon est inévitable, dès lors que l’intéressé, qui a manifesté l’envie d’être transparent sur sa fortune, ne l’est pas sur la nature de ses affaires à l’étranger.
Un document du Ministère en charge des finances, publié en 2012, décrit ce qui suit: «L’exploitation forestière dans les Départements de la Sangha et de la Likouala constitue l’essentiel de l’activité économique. En 2010, les forêts de la zone ont participé à la production nationale à hauteur de 604.322 mètres-cubes de grumes, soit 46% de la production nationale de grumes et autant pour les recettes et taxes générées par l’exploitation forestière. L’échelle d’exploitation permet de distinguer deux «branches» de l’activité forestière, à savoir:
– l’exploitation commerciale et industrielle qui a un caractère formel;
-et l’exploitation artisanale qui a un caractère informel et qui est régie actuellement par les règles et usages traditionnels et qui se trouve plus ou moins démarquée par certaines dispositions du code forestier, en particulier en ce qui concerne la coupe du bois d’œuvre (construction, menuiserie)».
Il y a bien une exploitation «informelle» de bois dans le pays et l’ancien préfet est réputé être un opérateur économique dans le secteur du bois. Quoiqu’il en soit, dans un pays qui se respecte, les déclarations de Djombo-Bomondjo ne peuvent pas ne pas donner lieu à l’ouverture d’une enquête sur sa fortune déclarée. Ne fut-ce que pour rattraper ce qu’il doit au plan fiscal, suivant la nature de ses activités.

Ralph Justin
OBILANGOULOU

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