Pour favoriser la participation des populations au développement de leurs localités, suivant la législation forestière congolaise, la R.d.p.h (Rencontre pour la paix et les droits de l’homme) et l’O.c.d.h (Observatoire congolais des droits de l’homme) ont organisé, du 8 au 9 décembre 2021, à Sibiti, chef-lieu du Département de la Lékoumou, avec l’appui technique de Fern, une O.n.g internationale spécialisée dans le suivi de l’implication de l’Union européenne dans la gestion durable des forêts, un forum multi-acteurs sur la gouvernance forestière du Département de la Lékoumou.

Le forum de Sibiti a réuni les représentants de la préfecture, du Conseil départemental, de la mairie, des sous-préfectures, des communautés locales (bantous et autochtones), des compagnies d’exploitation forestière, de la Direction départementale de l’économie forestière, de la Direction départementale de l’environnement, celle de l’agriculture et des O.n.gs, etc. C’est quasiment toute la nomenklatura départementale qui avait fait le déplacement de la salle des conférences du Conseil départemental. S’agissant du soutien financier, la R.d.p.h et l’O.c.d.h ont bénéficié de l’aide de l’A.f.d (Agence française de développement) et du F.c.d.o (Foreign commonwealth and development office) du gouvernement britannique.

Photo de famille à l’issue du forum.
Photo de famille à l’issue du forum.

Tout est parti du constat que la gestion forestière ne répond pas assez, jusqu’ici aux besoins de développement des communautés locales et des peuples autochtones (C.l.p.a), malgré la législation mise en place. «Je ne vois pas le profit que nous, populations de Loyo, tirons de l’exploitation de nos forêts. Les cahiers de charge ne sont pas respectés. Encore que ces cahiers de charge sont élaborés sans notre avis. Pourtant, ces entreprises contribuent au fonctionnement de l’administration locale (achat de papiers, carburant, etc.). Je parle sous le contrôle des compagnies et des autorités locales ici présentes», a témoigné Mireille Ngouya, représentante des autochtones du village Loyo. «Tout ce que nous tirons comme bénéfice de l’exploitation forestière, c’est seulement la poussière qui se répand dans notre village au passage de chaque camion grumier, chargé de nombreuses et grosses billes», ironise sous couvert d’anonymat un ressortissant du village Mbaya, dans le district de Komono.
Des témoignages pathétiques. Mais ici, pas question de s’offusquer. Tant il fallait «se dire les gbês (vérités) pour que les choses puissent avancer dans notre département», selon les mots d’Édouard Tabaka, chef de service forêts à la Direction départementale de l’économie forestière de la Lékoumou, représentant son institution. «De la discussion naît la lumière», s’en était félicité, dans son mot d’ouverture, Anicet Kanat-Bedel, directeur de cabinet de la présidente du Conseil départemental, représentant cette dernière.
Les participants ont ainsi eu droit à une série d’exposés comme: «Les autorités locales et la gouvernance forestière», développé par Maurice Tsiba, représentant la préfète; «Le secteur privé et la certification» par M. Kokolo de la société Sipam; «Le secteur privé et la certification des forêts», «La société civile et la gestion forestière», par Raphaël Zanga, point focal R.p.d.h dans la Lékoumou; «Le processus en cours et leur impact sur la gouvernance forestière et climatique», par Nina Kiyindou de l’O.c.d.h et «Les missions de contrôle de la Direction départementale de l’économie forestière», par Édouard Tabaka.
Des exposés qui ont mis en lumière les forces et les faiblesses d’une politique congolaise de gestion des forêts dont la pertinence et la cohérence sont pourtant saluées à l’échelle internationale. Or, le Congo a mis un point d’honneur à adhérer aux lois et politiques internationales dont le Cafi (Initiative pour les forêts d’Afrique centrale) et l’Accord de partenariat volontaire avec l’Union européenne. D’où l’impérieuse nécessité de «renforcer la gouvernance forestière pour un développement durable et inclusif dans la Lékoumou», comme l’a expliqué, dans son mot de bienvenue, Franck Loufoua Bessi, membre de la R.p.d.h et chef de la délégation.
Renforcer la gouvernance pour que «nous jouissions aussi de nos forêts», selon Moukoko-Ibamba du village Ibé. D’où une longue liste de recommandations formulées par les participants. Parmi ces recommandations, «les sociétés forestières doivent se conformer à la législation, en se dotant des plans d’aménagement», «doter les lois en lien avec la gouvernance forestière de textes d’application», «doter les administrations locales de moyens nécessaires à leurs missions régaliennes». «Voilà la gouvernance forestière que nous voulons dans la Lékoumou», s’est exclamée Joséphine Tso du village Missama, à la lecture du communiqué final. Reste à présent la traduction dans les faits de ces desiderata, pour que le Département de la Lékoumou marque un pas important vers les O.d.d (Objectifs du développement durable).

John NDINGA-NGOMA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici