Brazzaville, la plus grande ville du pays, est reliée au port maritime de Pointe-Noire par trois voies: la voie aérienne, la voie ferrée et la route bitumée. Et pourtant, le trafic entre les deux villes éprouve toujours des difficultés à se développer, mise à part la voie aérienne. Face à la crise du carburant qui sévit de nouveau dans le pays, la S.n.p.c (Société nationale des pétroles du Congo) a évoqué, dans son communiqué publié le 5 août dernier, «les contraintes logistiques liées à l’acheminement des produits finis». Quelles sont ces contraintes au plan national? On peut aisément imaginer que si les produits pétroliers finis arrivent au port de Pointe-Noire, leur acheminement sur la ville de Brazzaville n’est pas aisé.

Hérité de la colonisation française, le chemin de fer éprouve de sérieuses difficultés à assurer le trafic entre les deux grandes villes. Baptisé «colonne vertébrale» du pays, ce chemin de fer n’a pas pu accompagner l’évolution du trafic entre Brazzaville et Pointe-Noire. Sa gestion par le C.f.c.o (Chemin de fer Congo-Océan), une société publique, a ôté l’espoir de voir cette importante infrastructure de transport se développer et se moderniser, comme on le voit dans d’autres pays africains. Sa privatisation, même partielle, pourtant envisagée depuis les années 2000, n’est jamais concrétisée, par manque de volonté politique.
Présentement, le C.f.c.o n’assure des rotations hebdomadaires en nombre très insuffisant entre les deux villes. Sur un parc de 25 trains-voyageurs, 11 seulement sont en état de circuler. Et sur un total de 43 locomotives, 14 à peine sont opérationnelles. Suivant un accord signé en avril dernier, par le ministre des finances, du budget et du portefeuille public, Rigobert Roger Andély, avec une société belge, le C.f.c.o s’attend à acquérir 8 locomotives en décembre prochain. Une bouffée d’oxygène peut-être, mais pour un avenir sûr, il faut des investissements plus importants.
Les deux grandes villes du pays sont aussi reliées par une route bitumée de 535 kilomètres, construite entre 2007 et 2015, à plus de mille milliards de francs Cfa, grâce à la coopération avec la Chine. La valeur économique de cette route est indéniable. Mais, la multiplication des postes de péage (six au total) sur cette route est un facteur qui ne permet pas le développement du trafic. Les tarifs, revus pourtant à la baisse depuis 2015, ne sont pas facilement abordables pour nombre de commerçants transporteurs, surtout dans le contexte actuel de crise économique. Ces tarifs se présente comme suit pour chaque poste de péage:
– véhicule Classe 1 berline (1000 FCFA);
– véhicules 4×4 Classe 2 (1500F);
– minibus (classe 2b): 2000 F;
– autocars (Classe 3): 10.000F;
– camions (Classe 3b): 15.000 F;
– semi-remorques (Classe 4): 30.000F.
Avec ces tarifs, faire partir un camion-citerne transportant des produits pétroliers finis de Pointe-Noire à Brazzaville coûte cher. On comprend pourquoi la S.n.p.c évoque «les contraintes logistiques liées à l’acheminement des produits finis». Autrement, les marketeurs (les sociétés de distribution de produits pétroliers raffinés) entreprendraient un balai incessant de trafic entre les deux villes, et Brazzaville, tout comme le reste du pays, serait correctement approvisionnée en carburant.
Comme on peut le constater, le Congo s’empêtre dans ses difficultés socio-économiques, beaucoup plus pour des problèmes de gestion. On aura beau accuser la guerre en Ukraine ou les sanctions contre la Russie, il y a d’abord des facteurs internes qui freinent le développement socio-économique. Qu’on parle de l’électricité, de l’eau courante, des routes, du chemin de fer, des hôpitaux, des écoles, de l’administration publique, etc, la gestion est minée par une culture de prédation qui ne permet pas de garantir et pérenniser un service public de qualité.

Ralph Justin OBILANGOULOU

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