Depuis plusieurs années, au Congo-Brazzaville, deux formules, totalement opposées, sont appliquées pour la rémunération des agents de l’Etat et les corps des institutions nationales issues de différents scrutins. Et pourtant, l’Etat congolais, par ses ressources, est le seul pourvoyeur des fonds affectés auxdites rémunérations.
Les fonctionnaires et autres personnels des services para-publics perçoivent leurs traitements par virement bancaire. A quelques exceptions près, certainement, pour des raisons pratiques. Au sein des institutions nationales, c’est le paiement en numéraire. Le gestionnaire de l’institution, sur la base de sa comptabilité, se présentant au guichet de la trésorerie publique, pour percevoir des liquidités. Généralement, des grosses sommes d’argent qu’il emporte dans des emballages de plastic. Les risques de braquage, les simulations de vols, la rémunération d’agents fictifs, les doublures ne sont pas à écarter. Ce à quoi pourrait s’ajouter l’inaccessibilité de l’inspection et du contrôle d’Etat dans les livres comptables des institutions nationales. C’est le procédé, à la limite de l’archaïsme, qui a permis à Mme Brigitte Ickonga, questeur au Conseil économique, social et environnemental, de faire la rétention des 270 millions francs Cfa, prévus au paiement des salaires des personnels dudit conseil. Une attitude de Mme Brigitte Ickonga, avec pour effet, la grogne légitime des personnels de l’institution qui exigent l’apurement de leurs droits. D’où, à juste titre, sa suspension pour faute grave, par Mme Emilienne Raoul, présidente du conseil, par décision du 24 septembre 2021. Un acte inconséquent de Mme Brigitte Ickonga, qui salit son image, au regard de sa riche et longue expérience dans la gestion d’entreprise.
Au demeurant, un fait qui porte atteinte à la mémoire du grand homme qui nous a quittés en décembre 1989, qu’a été son père, le ministre Auxence Ickonga, qui a été, de 1985 à 1988, président directeur général d’Air Afrique, puis ministre à la Présidence de la République, chargé du contrôle d’Etat. Une affaire qui défraie la chronique et scandalise les Congolais, avec ses répercussions désastreuses, pour l’image du pays, à l’extérieur.
La Centrale d’intelligence et de documentation (C.i.d, ex-D.g.s.t) s’en est saisie pour des investigations de sûreté. La justice devrait prendre le relais. D’autant que l’affaire Brigitte Ickonga est un détournement en règle, condamnable, même si, au stade actuel, elle est tenue par la présomption d’innocence, ne pouvant être considérée coupable avant d’avoir été définitivement jugée comme tel par un tribunal.
J’interviens, ici, pour m’interroger sur les raisons du contournement du virement bancaire en ce qui concerne les salaires ou autres indemnités des corps des institutions nationales. Que cacherait ce contournement? La chose comporte une part d’absurdité dans la mesure où les fonctionnaires, en statut de bi-appartenant, dans les institutions nationales, touchent leurs traitements à la Fonction publique par virement bancaire et perçoivent les salaires aux institutions nationales, de main-à-main, en numéraire.
Peut-être est-il venu le moment, sur la jurisprudence de la malversation de Mme Brigitte Ickonga, d’uniformiser les modes de paiement, de par l’unicité de la caisse publique pourvoyeuse, en alignant la rémunération aux institutions nationales sur le procédé du virement bancaire, comme pour les agents de l’Etat. Pour un Congo-Brazzaville qui doit avancer, dans le progrès.

Joseph OUABARI MARIOTTI

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