Le passage de l’agriculture de nos ancêtres à l’agriculture moderne est le nouveau chantier du quinquennat qui a commencé le 16 avril 2021 au Congo-Brazzaville. Mais, peut-on mener ce chantier sans une formation efficace des jeunes en agriculture et agro-alimentaire? La réponse est non. L’exemple du Zimbabwe qui a confisqué les exploitations agricoles et les a laissées gérer par des Zimbabwéens qui n’avaient aucune formation dans ce domaine interpelle.
Même dans notre pays, il y a eu des initiatives de modernisation de l’agriculture qui n’ont pas abouti, parce que confiées à des Congolaises et Congolais non-formés aux différents métiers de l’agriculture et de l’agro-alimentaire. Car, «on ne s’improvise pas exploitant agricole dans l’agriculture moderne». «Être exploitant agricole est un métier complexe qui exige une formation multidisciplinaire».
La réussite du passage de l’agriculture des ancêtres à l’agriculture moderne doit être liée à une politique efficace de formation des jeunes aux métiers de l’agriculture et de l’agro-alimentaire. Les pays qui ont réussi dans ces domaines ont massivement investi dans le domaine de la formation. En France, par exemple, on compte 807 établissements scolaires agricoles, 216 lycées agricoles publics (avec 192 exploitations agricoles) et 591 privés, 136 centres de formation d’apprentis (94 publics, 42 privés) et 19 écoles d’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et de paysage.
Chaque département compte plus de 5 structures de formation agricoles et les formations sont adaptées aux spécificités de chaque département.
Les formations s’étalent du C.a.p au B.t.s, dans les lycées et dans l’enseignement supérieur, on forme des ingénieurs et des chercheurs dans des domaines très variés de l’agriculture et de l’agro-alimentaire (production horticole, production animale, production piscicole, machinisme agricole, transformation, vente des produits, grandes cultures, pêche, restauration, comptabilité, communication, marketing, packaging, conservation, conception de nouveaux produits alimentaires, transport, produits de jardin, métiers de la bouche, charcuterie, pâtisserie, cosmétiques, parfumerie, épices, chimie des sols, biologie végétale, mathématiques…)
Dans l’Union européenne, on exige une formation aux métiers de l’agriculture ou de l’agro-alimentaire pour la création d’une exploitation agricole, piscicole, arboricole…Les aides financières de l’Union européenne et des différents gouvernements ne sont accordées qu’aux exploitants ayant suivi une formation dans le domaine d’exploitation.
Notre pays est subdivisé en dix départements et chaque département a ses spécificités. Il nous faut donc en tenir compte, si nous voulons moderniser notre agriculture. Dans chaque département, il nous faut:
– l’édification de structures de formation en agriculture et en agro-alimentaire;
– l’édification de centres d’innovation technologique et de développement en agriculture et agro-alimentaire;
– la création d’entreprises de machinisme agricole;
– la création d’agences bancaires pour les crédits agricoles;
– la création de centres conseils pour le coaching et l’accompagnement des futurs exploitants agricoles;
– la création des entreprises innovantes pour la transformation, la conservation, la commercialisation, le transport des produits qui sortiront de ces terroirs…
Nos terroirs sont riches en produits agricoles, mais les activités agricoles sont informelles. Il nous faut faire basculer toutes ces activités dans le secteur formel, en y injectant une dose d’innovations technologiques. Cette injection générera de nombreux emplois qui manquent cruellement à notre jeunesse.
Les solutions sont à notre portée et il suffit de suivre les exemples des pays qui ont réussi, en tenant compte, bien sûr, de notre culture alimentaire et de consommation.
Voilà quelques pistes pour sortir de l’agriculture de nos ancêtres et développer l’agriculture moderne.

Emmanuel Bienvenu BAFOUNDA
Enseignant-technologue au Pôle Développement et
Innovation (Chailly en Brie); France.