Dans son livre, «Les Chemins de Nelson Mandela», Richard Stengel apporte un éclairage aux défis qu’a affronté le premier Président noir de l’Afrique du Sud. J’y ai trouvé une matière qui ne m’a pas laissé indifférent: le bonheur.
Nelson Mandela disait qu’un dirigeant attaché au bonheur de son peuple n’est pas censé faire des discours sur des questions de tactique électorale, mais sur les idées, et les fondamentaux… Toute sa vie, Mandela a cherché un mode de vie différent qui laisserait une large place au bonheur des autres. La sagesse n’est autre chose que la conscience du bonheur, disait Denis Diderot, écrivain et philosophe français, qui avait pour principe de vie, tout attendre du bonheur.
Quand Richard Stengel aborde la question du bonheur, on retrouve un Mandela romantique, mais un romantisme pragmatique. Ce rêve, il l’a nourri même quand la réalité est devenue plus dure que l’idée, au point de devenir l’interprète de la réalité. Le propos de cet article est justement d’essayer de montrer, au regard des crises morales, éthiques et politiques provoquées au cours de ces 60 dernières années, par la bêtise humaine, que l’homme politique congolais a tout le mal à se ressaisir, à écouter les plaintes des populations, à s’accoutumer plus aux réformes profondes. Un danger de perdition qui, je le crains bien, ne cessera pas de sitôt. Tellement la notion du bonheur s’éloigne de la République ou de la conscience et, donc, de notre propre existence. Comme ce bohémien, dans sa propre vie, a conté que la notion du bonheur était ressentie comme une menace. Il n’échappe à personne que la société congolaise se déchire sur le tribalisme. Il n’échappe à personne que des politiciens endossent, sans états d’âme, le manteau de troubadour de la politique, attachés à profaner les valeurs culturelles congolaises et à aviver la discorde, la haine.
La politique, c’est l’art de donner du bonheur.
Penser aux autres, lorsque l’on a une parcelle de pouvoir, pourrait être le signe de viser l’utile commun dans le sens de l’intérêt général. Etant un mixte d’âme et corps, l’humain doit être capable, par le système auquel il a adhéré librement, de répondre à tous les problèmes. C’est dans la générosité que réside le bonheur pour tous. Depuis la première République, on nous fait miroiter qu’il y a une dimension essentiellement pratique de la politique, qui repose sur l’amour que nous pouvons avoir envers les autres et dont la conséquence nécessaire est de nous faire désirer les règles du vivre ensemble.
Pour Spinoza, «le recours systématique à la force, pour entrainer l’obéissance, n’est pas pour un souverain un signe de puissance, mais de faiblesse». En effet, un tel régime politique sous la forme, tel que l’explique Hobbes, «ne résout finalement en rien le problème, puisque la multitude s’y trouve mue uniquement par la crainte». Or, toujours selon Spinoza, «la nécessité d’établir un ordre politique consiste en la mise en place d’institutions permettant la coexistence des libertés».
Le bonheur des Congolais dépendra de la manière dont le politique concevra, mettra en place des institutions qui pourraient permettre à ceux que guide la raison de coexister avec les autres hommes qui agissent, le plus souvent, sous l’emprise des passions.
Le projet central du bonheur, c’est d’enseigner à chaque Congolais à conduire lui-même sa vie, dans le souci de l’apaisement, c’est-à-dire du destin commun de la Nation congolaise. Il ne faut pas diviser les congolais. Au contraire, il faut raviver l’espoir de rassembler tous les Congolais, en leur permettant de donner sens à leur vie: une façon de vivre; un état d’esprit; une vie; un style.
On peut mieux mesurer, aujourd’hui, où a conduit la volonté de réduire la morale, l’éthique et toutes les valeurs de vie. Certes, il y a les infrastructures. Malgré cela, les paramètres désignant la régression sont là. Pour jauger la dégradation du niveau de vie des Congolais et voir comment régler ces problèmes, il faut tenir compte des données suivantes:
– l’école de la République, à la fois lieu d’acquisition de savoir et d’intégration dans la société, est en crise. L’école ne prépare plus à la citoyenneté. Mais, qu’existe-t-il de commun entre l’appartenance à une Nation qui se fonde sur une adhésion naturelle et la conception de la citoyenneté? Chez Diderot, par exemple, la qualité d’homme réside dans la raison et le jugement, alors que, pour Rousseau, elle résulte de la liberté et de la perfectibilité. Il faut féliciter l’école sous la première République, qui dispensait un enseignement collectif des connaissances générales ou de connaissances particulières, sans distinction de richesse d’argent ou de biens;
– de nos jours, la défaillance du système de santé ne permet plus aux milliers d’enfants, d’hommes et de femmes d’avoir accès aux soins de santé primaires. Investir dans la santé, c’est investir durablement pour un Congo sain et prospère;
– nos connaissances sur la vie sociale, sur l’humain sont séparées, alors qu’il faut les relier. Je dirais simplement que la valeur particulière que représente l’homme dépend de ses moyens de subsistance. Et comme malheur, on ne compte pas beaucoup sur les politiques sociales qui donnent la priorité à l’emploi. La lutte contre le chômage est, pourtant, abondamment invoquée par le discours officiel, à tout propos; aujourd’hui les transports publics ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, avec cette incapacité de concevoir de nouvelles formes de mobilité dans nos cités.
La réalité est plus forte que l’idée. C’est ce que nous voyons qui nous change. La réalité de nos villes et de nos campagnes fournit elle-même un constat de désolation. Dans un an, le Congo fêtera la 63ème année de son indépendance. Alors que faire?
La Nation, la République, l’Etat ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Les parties politiques, la société civile doivent retrouver leur vertu pédagogique et libératrice, afin de redonner le souffle du bonheur à une population traumatisée par une crise profonde de déshérence de la citoyenneté. Le peuple congolais a un besoin d’épanouissement collectif, afin de redorer le blason de l’unité. L’unité est le trésor de la diversité humaine, la diversité est le trésor de tout un ensemble, c’est-à-dire l’utilisation de l’acquis culturel de l’histoire passée du Congo. Lors de la célébration du 62ème anniversaire de l’indépendance, nous avons entendu que l’avenir du Congo peut être civilisé par la démocratie participative. Nous n’en sommes pas encore chiches de compliments.
Etrange paradoxe? Pas du tout! L’absence de volonté et de méthode est partiellement le produit de cette réaction. Notre époque est obsédée par la réalisation des actions concrètes. C’est dans cette perspective que doivent être pensés les discours, les réformes et les choix politiques de fond.

Joseph BADILA

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