(Suite du numéro précédent). L’histoire des femmes a contribué à illustrer l’importance des «évènements globaux» et l’interconnexion entre différentes formes de militantisme dans le monde entier. Face à des signes de plus en plus nombreux d’interconnexion, peut-on dire qu’il existe une culture globale qui favorise la femme? Les médias du monde entier accordent beaucoup de place aux visages, aux personnalités et aux actions de nombreuses femmes qui ont soit dirigé, soit se sont illustrées dans différents domaines. On peut citer Kamala Harris, Angela Merkel, Christine Lagarde, Ellen Johnson Sirleaf, la Reine Elisabeth II, Tsai Ing-Wen, Melinda French Gate, Oprah Winfrey, Rihanna, Beyoncé, Angélique Kidjo… Elles sont actuellement des figures de proue, cette liste n’étant pas exhaustive.

Toutefois, depuis le début des années 50, les Nations unies ont mis en place une politique de sélection des femmes appelées «ambassadrices de bonne volonté», qui est un titre honorifique. Ces personnalités viennent du monde littéraire, artistique ou sportif, mais pas politique par souci de neutralité. Ces dernières prêtent, à titre gracieux, leur réputation et leurs noms pour une cause ou un idéal. À cet effet, elles doivent faire preuve d’intégrité personnelle et d’accomplissement, tout en ayant une visibilité mondiale.
En général, les agences des Nations unies font leur propre casting, en enquêtant sur l’engagement moral de la personne et sa réputation. Parfois, certaines mènent les démarches elles-mêmes auprès de l’agence. Des personnalités telles que Nicole Kidman, Emma Watson, Muniba Mazan, Hai Quing pour n’en citer que quelques-unes ont reçu le titre d’ambassadrices de bonne volonté pour la cause des femmes.
Comme partout ailleurs dans le monde et à travers les siècles, les femmes congolaises ont toujours joué un rôle prépondérant dans l’histoire de leur pays. Nous allons situer quelques faits historiques. Avant la colonisation, le pays était constitué de Royaumes (Kongo, Loango, Téké) et de chefferies. Parmi les femmes régnantes de cette période, Ngalifourou, la seconde femme du Roi Makoko, dans le Royaume Téké, fut la seule à porter le titre de reine. Selon la tradition, elle devint la femme du successeur de son défunt mari. À partir de 1947, la Reine Ngalifourou termina son parcours comme cheffe de canton.
Toutefois, la période précédant l’indépendance a permis aux femmes de prendre conscience de leur place et d’envisager leur émancipation. Il était nécessaire de lever de nombreuses barrières dues au poids de la tradition et encourager la scolarisation des jeunes filles. Les révoltes des 13, 14, 15 août 1963 amorcent les changements de la condition féminine ainsi, la constitution de 1963 confirme l’égalité entre les sexes.
Alice Badiangana est la seule femme à intégrer le bureau du parti unique, le M.n.r (Mouvement national de la révolution). Elle fut la première femme congolaise à être incarcérée pour ses opinions politiques et à participer à l’indépendance de la République du Congo. En 1964, le M.n.r exige une réunification de toutes les associations féminines existantes, ce fut la naissance d’une organisation unique dénommée «l’Union démocratique des femmes du Congo» (U.d.f.c). «L’Union révolutionnaire des femmes du Congo» (U.r.f.c) naîtra par la suite, sous les cendres de l’U.d.f.c au sein du Parti congolais du travail (P.c.t) en 1965. L’U.r.f.c a pris comme slogan: «Seule la lutte libère». En effet, elle sera de tout combat jusqu’en 1991, pour l’émancipation des femmes.
Après le discours de La Baule en 1991, le contexte politique a changé, la République du Congo a accédé à la démocratie en 1992. Cependant, lors des différentes crises sociopolitiques (1993, 1997, 1998, 2000, 2003), les femmes ont joué un rôle capital dans le retour de la paix. En octobre 2000, la résolution 1325 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies n’a fait qu’entériner ce qu’elles avaient déjà amorcé. L’implication de la femme congolaise dans le processus de paix s’est avérée déterminante. Les femmes ont été actrices pendant les périodes post-conflits. En 1993, les femmes de toutes obédiences confondues ont organisé une marche de la paix. Epouse du Chef de l’État, Antoinette Sassou-Nguesso s’est illustrée dans plusieurs actions en faveur de la paix et de la sécurité. Edith Lucie Mbongo Ondima a également joué un rôle déterminant de tout temps dans la diplomatie de proximité, afin que la paix règne au Congo.
Toujours dans le cadre de la recherche de la paix, Adelaïde Yvonne Moungani s’est investie avec courage et détermination dans les différentes négociations avec les guérillas dans la partie Sud du pays. Avant qu’elle ne soit nommée ministre, Inès Nefer Bertille Ingani a organisé, le 1er mars 2015, une marche qui s’est soldée par la remise d’un cahier de doléances au Président de la République, Denis Sassou Nguesso. Devenue ministre, elle s’est rendue, en 2017, à Kinkala, dans le Département du Pool, malgré les tensions encore persistantes, afin d’échanger avec les femmes sur les questions de paix. La liste des femmes qui ont œuvré pour que la paix règne au Congo serait interminable. Cependant, nous tenons à leur rendre hommage et nous prendrons le temps de mieux approfondir ce volet dans un prochain article.
Le pays s’apprête à organiser les élections législatives et locales. Dans cette perspective, l’O.f.c (Organisation des femmes du Congo) a mené plusieurs campagnes de sensibilisation, afin d’inciter les femmes à s’inscrire sur les listes électorales. Toujours dans l’optique d’intégrer le plus de femmes dans les sphères de prise de décision, la journée internationale des droits de la femme permet, également, de faire une évaluation sur les attentes ainsi que les avancées. Il semblerait qu’il y a une recrudescence de violences sur les femmes, ces derniers temps, dans notre pays. Des voix de femmes se font de plus en plus nombreuses pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des dérives provenant de certaines autres femmes qui utilisent leur parcelle d’autorité, pour promouvoir des pratiques discriminatoires envers les femmes elles-mêmes. Des pratiques telles que «le manque d’unité, de solidarité, de professionnalisme, d’humilité, de déontologie, de courtoisie». Il serait opportun que les pouvoirs publics et la société civile envisagent la mise en place des formations pour accompagner ces femmes qui aspirent à des postes de responsabilité.
Nul ne devrait ignorer le combat de la planète entière contre le réchauffement climatique et la durabilité, car des répercussions graves commencent déjà à se faire ressentir sur notre environnement et sur notre développement économique et social. À cet effet, les femmes sont reconnues comme étant les plus vulnérables aux impacts dus aux changements climatiques. Toutefois, la détermination qu’elles affichent leur permet de s’affirmer comme leaders et responsable du changement, tout en prenant des initiatives en faveur du développement durable.
Les femmes ne s’avouent pourtant pas vaincues, elles s’adaptent à toute mutation, ainsi leur participation et leur leadership se traduisent par une action climatique plus efficace. À cet effet, elles ont besoin d’être soutenues. Pour un monde meilleur, les Nations devraient prendre en compte le programme de développement durable à l’horizon 2030. Nous ne pouvons pas terminer cet article sans évoquer le conflit russo-ukrainien qui, désormais, occupe l’espace médiatique du monde, car jusque-là, cet espace était occupé par la pandémie de covid-19.

Lydie-Patricia ONDZIET
Présidente de la fondation Renaissance Alkebulan;
Présidente de l’Association la Trinité;
Membre de l’Association Panafricaine d’Aquitaine;
Membre de la Plateforme congolaise des associations féminines de développement.

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