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Angola : L’ancien Président, José Edouardo Dos Santos, emporté par la maladie à 79 ans

Il était un homme d’État d’une grande envergure historique, José Edouardo Dos Santos. L’ancien Président angolais a tiré sa révérence, vendredi 8 juillet 2022, dans une clinique de Barcelone, en Espagne, où il était hospitalisé après un arrêt cardiaque, le 23 juin, à l’âge de 79 ans. L’homme qui a gouverné l’Angola de main de fer, de 1979 à 2017, et le M.p.l.a (Mouvement populaire de libération de l’Angola), et qui a succédé, le 10 septembre 1979, au père de l’indépendance, Agostinho Neto, premier Président de la République, décédé à Moscou, à la même date, a traîné une longue maladie, depuis qu’il avait quitté le pouvoir en 2017. Son successeur, l’actuel Président Joao Lourenço, candidat à sa réélection en août prochain, a décrété cinq jours de deuil national.

C’est une grande figure historique qui est partie. Mais aussi une figure controversée, en raison de l’enrichissement de ses proches, particulièrement de ses enfants, grâce à la manne pétrolière du pays. Grand combattant de l’indépendance de l’Angola, c’est en 1961 que Dos Santos rejoint le M.p.l.a, qui était alors une organisation nationaliste clandestine luttant pour la libération du pays du joug colonial portugais. Il avait 19 ans. Un an plus tard, il est combattant dans les Fapla (Forces armées populaires pour la libération de l’Angola). Puis, un an après, il est affecté au poste du M.p.l.a à Brazzaville, capitale de la République du Congo qui, en août 1963, avait basculé dans un régime de gauche, avec le Président Alphonse Massamba-Débat, et soutenait la lutte d’indépendance de l’Angola. C’est de là que le futur Président sera boursier de l’Union soviétique pour aller étudier à Bakou, en Azerbaïdjan, où il décroche, en 1969, un diplôme d’ingénieur du pétrole et des télécommunications.
Il est membre du gouvernement à l’indépendance de l’Angola, le 11 novembre 1975. Après le décès du Président Agostinho Neto, le 10 septembre 1979, à Moscou, des suites de maladie, Dos Santos est désigné à la tête du parti, le même jour, et devient Chef de l’Etat. Au pouvoir, l’un de ses objectifs prioritaires sera de chercher à résoudre le conflit avec l’Unita (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) de Jonas Savimbi, qui mène une guérilla terrible dans une bonne partie du pays, avec le soutien de l’Afrique du Sud et des Etats-Unis.
Dirigé par un régime marxiste, l’Angola était alors dans le camp de l’Union soviétique et soutenu militairement par Cuba et des pays africains comme le Congo. Le Président Dos Santos va user de la diplomatie avec les grandes puissances, pour sortir son pays du bourbier de la guerre civile. Dans le contexte de la dislocation du bloc soviétique et de la chute du mur de Berlin, il ouvre son pays à la démocratie, après la signature d’un accord de paix avec son rebelle, Jonas Savimbi, le 31 mai 1991.
Les premières élections pluralistes dans le pays se tiennent en 1992. Le Président Dos Santos manque de très peu de se faire élire au premier tour, avec 49,57% des voix, contre Jonas Savimbi qui parvient à atteindre 40,6% des voix. Le deuxième tour n’aura jamais lieu. A la place, la guerre civile éclate de nouveau, encore plus violente et plus meurtrière.
C’est le revirement des Etats-Unis, qui abandonnent Savimbi pour offrir leur soutien au régime du Président Dos Santos, que l’Angola peut retrouver le chemin de la paix. Le 31 octobre 1994, l’accord de Lusaka est signé entre le régime de Luanda et l’Unita. Cet accord permet de réintégrer l’Unita dans le processus démocratique du pays et de procéder à son désarmement.
Mais, les difficultés dans la mise en œuvre de l’accord étaient telles que la guerre avait repris de nouveau à partir de 1998, avec des rebondissements multiples. La mort au maquis, le 2 février 2002, du leader rebelle, Jonas Savimbi, ouvre définitivement le chemin de la paix à l’Angola. Mais, le processus électoral n’est de nouveau réinstauré qu’en août 2012, après une réforme de la Constitution. Le Président Dos Santos est réélu pour cinq ans.
En 2017, il renonce à se représenter et le M.p.l.a choisit un autre candidat, Joao Lourenço. Il gardera la direction du parti, mais les critiques et, surtout, la lutte contre l’enrichissement illicite des caciques de son régime, particulièrement ses enfants, l’oblige à quitter la tête du parti en 2018. Lui et ses proches seront alors dans le viseur de la Justice, d’autant plus que le Président Joao Lourenço est décidé à s’attaquer au népotisme qui a caractérisé le régime de son prédécesseur. C’est la chute de l’empire que Dos Santos s’était bâti à la tête de l’Angola. Le combattant de l’indépendance n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa fille, Isabel, qui dirigeait la Sonangol, considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, est limogée et prend le chemin de l’exil, pour échapper à la prison. Son frère cadet, Filomeno, n’aura pas la chance de quitter le pays et il sera incarcéré. Le père, affecté par le sort de ses enfants traqués par la Justice, est de plus en plus malade. Bref, l’après-pouvoir a été pour lui un calvaire. Après sa mort, une de ses filles, Tchizé Dos Santos, accuse la dernière épouse de son père et son médecin personnel d’être responsables de la détérioration de son état de santé. La fille de l’ancien Président s’oppose aussi au rapatriement de la dépouille de son père en Angola. C’est un bras de fer judiciaire qui risque de s’engager.

Ralph Justin
OBILANGOULOU

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