Après la mort d’André Matsoua Grenard, le 13 janvier 1942, à Mayama, dans l’actuel Département du Pool, ses adeptes, les amicalistes, continuèrent la lutte anticolonialiste. C’est ainsi qu’en 1946, des chefs de canton du Pool, en l’occurrence les chefs Ngoma Tsé-Tsé, Mundongo, Massamba ma Kimbouila, Samba Ndongo et Biza furent arrêtés et déportés, qui au Tchad, qui en Oubangui-Chari, l’actuelle République Centrafricaine.

D’autre part, dans le cadre de leur lutte anticolonialiste, les Matsouanistes de tous bords (amicalistes, corbeaux et kakistes), refusèrent d’une part tout don du gouvernement français et d’autre part de payer toute cotisation ou tout impôt à la Société indigène de prévoyance (S.i.p). C’est l’époque dite des «Trois Francs» (Fualanka tatu). En effet, suite d’une part aux difficultés engendrées par la Seconde guerre mondiale et, d’autre part, aux besoins énormes en caoutchouc, le pouvoir colonial obligea tout le monde à se mettre au travail. Les Pulviens (les habitants de la région du Pool) refusèrent d’obtempérer à cette pressante injonction. Les miliciens furent alors envoyés dans tous les villages et hameaux du Pool où ils s’adonnèrent aux exactions imaginables et de toutes sortes: viols, pillages, mises à sac et destruction des maisons, destructions des biens, massacres, etc, comme tout dernièrement en 1998. Décidément, il n’y a rien de nouveau sous le soleil!
La lutte anticolonialiste d’André Matsoua Grenard a été l’objet de plusieurs témoignages dont ceux du Président Alphonse Massamba-Débat et du Premier ministre Bernard Kolélas. À ce propos, le Président Alphonse Massamba-Débat affirme: «Indépendance du pays, liberté et dignité du peuple, voilà les choses sacrées pour lesquelles tant de Matsouanistes ont péri ou ont accepté les pires privations, enduré les plus inimaginables horreurs et tortures. C’est la foi qu’ils ont incrustée dans leur cœur, la conviction qu’ils ont fait enraciner dans leur conscience et la flamme de l’amour de leur pays qu’ils ont allumée en eux que ces hommes ont préféré souffrir que trahir, mourir qu’abdiquer. Devant leurs bourreaux blancs ou noirs, ils sont restés stoïques, insensibles aux menaces et aux outrages, parce que la longue lutte contre la domination étrangère, contre les horreurs et les injustices de l’indigénat, contre l’exploitation de l’homme noir par l’homme blanc, les a rendus plus sensibles au devoir qu’au droit, plus attentifs au sacrifice qu’à la faveur. Les Matsouanistes ne seront jamais d’accord avec les traîtres et les Africains indignes qui n’ont pas su défendre la cause sacrée pour laquelle tant d’hommes ont souffert, pour laquelle Matsoua est «parti»: l’indépendance et la liberté, la reconquête réelle du pays de l’emprise des descendants des blancs et des Africains indignes». (In pensées et actions d’Alphonse Massamba-Débat, Editions Paari, 2009).
De son côté, le Premier ministre Bernard Kolelas déclare: «Le mouvement matsouaniste a soutenu la lutte de libération nationale sans jamais fléchir, sans jamais trahir ses principes d’intégrité, d’incorruptibilité et de fidélité à la personne de Matsoua, à son idéal social, politique et moral. Bien plus, malgré les persécutions dont ils étaient l’objet, les Matsouanistes sont restés fidèles à leurs idéaux de paix, de liberté, de fraternité et d’amour à l’endroit des peuples du monde. Ils ont continué la résistance, le combat anticolonial sans changer un seul iota à leur profession de foi matsouaniste, à leurs revendications politiques. Sur la personnalité d’André Matsoua Grenard, nous soulignons qu’il a profondément déteint sur l’âme de son peuple, par son équation personnelle tout d’abord, par ses idéaux et son action politique ensuite. Il fut un grand patriote, un homme plein d’abnégation et de dévouement pour le bien de son peuple et du monde des opprimés. Un humaniste qui aspirait à l’harmonie, à l’égalité et à l’entente entre les races et les peuples du monde, sans discrimination d’aucune sorte. Il fit des droits de l’homme son cheval de bataille. Il fut un leader déterminé et farouchement engagé dans le combat pour la justice, la liberté, le respect et la dignité de l’homme africain, de l’homme tout court. L’homme irradiait l’amour fraternel, la force charismatique, la conviction et l’assurance qui forçaient le respect et l’admiration. Mais sa vie fut un tissu de privations, de souffrances et de sacrifices. Bref, un personnage historique hors du commun, très avancé sur son temps et sur son peuple, que l’épreuve du temps n’a jamais entamé». (In la philosophie matswaniste et le pouvoir politique. Éditions La Pensée Universelle).
En conclusion, André Matsoua Grenard aura été un grand homme politique et un panafricaniste. Il aura été, comme a dit Confucius, un «Grand Homme, un Homme Supérieur», c’est-à-dire un homme qui a mis tout d’abord ses paroles en pratique et, ensuite, a agi conformément à ses convictions. Il eut une bienveillance égale pour tous et fut un homme altruiste, non égoïste ni égocentrique ni tribaliste ni encore régionaliste; il donna, enfin, la priorité d’une part au Moyen-Congo et à ses compatriotes, puis d’autre part à l’Afrique équatoriale française (A.e.f) et aux Africains. Il fut une personnalité visionnaire et exceptionnelle; un exemple à imiter par nous les générations futures qui malheureusement, donnons la priorité à nos privilèges et à nos avantages au détriment du Congo et de notre peuple. En tout cas, loin de lui fut l’idée du principe égoïste «après moi, le déluge».
Enfin, l’on peut considérer son association «L’Amicale», comme le premier mouvement politique congolais, organisé et structuré autour des revendications pro-nationalistes. André Matsoua Grenard dont la devise était: «Mieux valaient la dignité et la mort que la dépendance, l’asservissement et l’esclavage», restera toujours le symbole du rejet de l’ordre colonial et de ses abus.

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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