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75ème session ordinaire de l’assemblée générale des Nations unies : L’Afrique souhaite une réforme de la gouvernance mondiale des Nations unies

A travers la voix du Président nigérien, Mahamadou Issoufou, dont le pays préside actuellement le Conseil national de sécurité des Nations unies, et de biens d’autres Chefs d’Etat, l’Afrique appelle à la réforme de la gouvernance mondiale des Nations unies. La plupart des interventions des Chefs d’Etat africains, à la 75ème session ordinaire de l’assemblée générale des Nations unies, vont dans ce sens. Nous reproduisons ci-après la déclaration du Président nigérien, Mahamadou Issoufou, qui parle des défis à relever, à la suite de la pandémie de covid-19 qui, à ses yeux, est l’occasion de refaçonner la gouvernance du monde.

«En ma qualité de Président du Conseil de sécurité, je suis honoré de pouvoir échanger avec vous sur ce que doit être la gouvernance mondiale post-covid-19. «Seule une crise-effective ou ressentie comme telle produit un changement réel», dit-on. Nous avons manqué l’occasion de procéder à un changement réel au moment de la crise financière de 2008. Allons-nous manquer l’opportunité que nous offre la covid-19 de refonder la gouvernance mondiale? Quels sont les défis de notre temps et quelle gouvernance pour répondre à ces défis?

La gouvernance politique mondiale

Le premier défi que je souhaite évoquer porte sur la gouvernance politique mondiale. Sur ce plan, lors de la 74ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, j’avais déjà réaffirmé le besoin de soutenir le Secrétaire général dans ses efforts visant à réformer notre organisation, en vue de mettre en place un système multilatéral plus démocratique. Ce qui était valable il y a 75 ans, ne l’est plus aujourd’hui. Le fonctionnement de l’Assemblée générale, de la Commission économique et sociale (Ecosoc), du Conseil de sécurité, doit répondre à la situation actuelle du monde.
S’agissant en particulier du Conseil de sécurité où nous sommes fiers de siéger, toutes les régions du monde dont l’Afrique, doivent être représentées de façon équitable. Il faut augmenter le nombre de sièges permanents et supprimer le droit de véto ou l’étendre aux nouveaux membres permanents, pour asseoir la démocratie et l’équité. L’Afrique a du reste une position commune sur cette question: elle est exprimée à travers le consensus d’Ezulwini. Quant à l’Assemblée générale des Nations unies, la demande persistante des Etats membres est celle d’un rééquilibrage des pouvoirs entre elle et le conseil de sécurité.
Le second défi porte sur les questions de paix et de sécurité. Au regard des limites observées du concept de maintien de la paix, il est urgent de revenir au concept de la sécurité collective et donner plus de poids aux opérations des Nations unies sous le chapitre 7. La nature des conflits évolue, les missions des forces des Nations unies doivent également évoluer. La plus grande menace actuelle sur la paix et la sécurité mondiale provient des organisations criminelles non-étatiques. Cette exigence du retour au concept de la paix collective ne peut s’accommoder de droit de véto, car aucun Etat ne doit avoir le droit de bloquer les décisions de la communauté internationale, face à une menace collective, sur la base de ses propres intérêts ou de ses amitiés. Par ailleurs le risque d’une confrontation entre Etats, notamment entre grandes puissances, n’est pas nul. Que l’une ou l’autre de ces puissances tombe dans le piège de Thucydide n’est pas à exclure. La communauté internationale doit travailler à conjurer une telle éventualité, y compris à travers la dénucléarisation de notre planète.

L’aggravation des inégalités

Le troisième défi porte sur l’aggravation des inégalités: inégalités entre les pays et inégalités à l’intérieur d’un même pays. «La difficulté ne réside pas tant dans le fait de concevoir de nouvelles idées que d’échapper aux anciennes», disait un éminent économiste. C’est pourquoi c’est toujours après des chocs que le monde se réforme. Le paradigme actuel date des lendemains des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979. Sa domination sans partage a même fait croire à la fin de l’histoire. Mais, il a produit des inégalités telles que le monde est, dans ce domaine, dans la situation où il était à la fin du 19ème siècle.
L’écart entre les plus riches et les plus pauvres se creuse et la classe moyenne, un des socles de la démocratie moderne, s’affaiblit. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres est aujourd’hui plus important qu’il ne l’était dans la Rome antique où l’économie était fondée sur l’esclavage. Tous les spécialistes sont d’accord pour dire que cette tendance va s’amplifier dans le contexte actuel de croissance économique faible et de rendement élevé du capital. Cette escalade des inégalités est la plus grande menace à laquelle l’économie mondiale doit faire face. Ici, il me revient en mémoire l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789: «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune».
Ces inégalités ne sont pas toujours justifiées par le mérite, donc elles ne sont pas fondées sur l’utilité commune. Elles sont incompatibles avec les principes de justice sociale qui sont au fondement des sociétés démocratiques. L’expérience montre que la main invisible du marché ne peut les corriger. Pour réduire les inégalités, il faut non seulement investir massivement dans l’éducation et la formation mais aussi concevoir et mettre en œuvre des politiques économiques expansionnistes et mettre en place une taxe sur les transactions financières ou même un impôt progressif mondial sur le capital, ce qui permet par ailleurs, de mettre fin à la concurrence fiscale à laquelle se livrent les Etats aujourd’hui. La lutte contre les inégalités exige une réforme en profondeur du F.m.i, de

la Banque mondiale et de l’O.m.c.

Le quatrième défi porte sur la lutte contre la pauvreté. Le temps est venu de construire un monde sans pauvreté. «Un monde sans pauvreté» est d’ailleurs la devise de la Banque mondiale. Par ailleurs, permettez-moi de rappeler l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, «toute personne a droit à un niveau de vie suffisant, pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que les services sociaux nécessaires; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté».
Pour garantir ce droit, une guerre totale doit être déclarée à la pauvreté. Nous produisons suffisamment de richesses dans le monde pour l’éradiquer. Nous pouvons vaincre les deux chevaliers de l’apocalypse que constituent la faim et les maladies. Rien ne doit nous arrêter dans ce combat, car la pauvreté détruit la liberté et la dignité. Elle constitue le terreau sur le lequel se développent le terrorisme et le crime organisé.
Voilà pourquoi un débat sans préjugé doit être engagé sur l’institution d’un revenu universel de base pour chaque individu. Des expériences ont prouvé que cela n’incite pas à la paresse et à l’oisiveté. Nous en avons les preuves au Niger avec les transferts inconditionnels d’argent que nous réalisons au bénéfice des populations les plus vulnérables. La lutte contre la pauvreté notamment contre le chômage exige un meilleur partage du temps de travail. Elle exige également la réforme des institutions financières et économiques mondiales. Elle exige aussi qu’on mette fin à cette mondialisation qui accepte la libre circulation des capitaux, des biens et services mais refuse celle des personnes. En effet seuls 3% de la population mondiale vivent ailleurs que dans leur pays d’origine.
S’agissant de l’Afrique qui concentre 90% des personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté, la lutte contre la pauvreté passe par des financements massifs, en vue de la mise en œuvre de l’Agenda 2063.

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20 octobre 2020, 12: 50

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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