Face à notre histoire émaillée de conflits fratricides et de violences sanglantes, le dialogue est la seule et unique voie permettant un retour rapide et sûr à la confiance entre Congolais, pour un vivre ensemble débarrassé de haine et de convoitise. La violence et l’exclusion n’ont jamais réglé les problèmes. Lorsque l’on exclut une partie de la population, celle-ci accumule les frustrations et des réactions peuvent s’amorcer instinctivement.

Une telle approche installerait, donc, le Congo de manière durable dans une instabilité prolongée, voire dans un climat de tension et même de guerre aux causes connues, mais dont l’ampleur des conséquences et le bilan demeurent inconnus. Comme l’a affirmé l’ancien ambassadeur et ministre, Daniel Abibi, «la classe politique congolaise, toutes générations confondues, que l’on espère mûrie par les épreuves imposées à notre pays, se trouve, aujourd’hui, devant une grande responsabilité: celle de la recherche résolue et sincère des voies et moyens pour désamorcer la situation de conflit parfois aigu, parfois larvé qui caractérise, depuis des années, le Congo et de mettre définitivement un terme aux sanglantes et récurrentes luttes politiques qui ont secoué, jusqu’ici, notre beau pays. L’entreprise n’est pas facile, au regard des drames que nous avons connus, les uns et les autres pendant toutes ces sombres années. Le retour définitif de la paix dans notre pays est au prix du dépassement de chacun. Il n’y a pas de voies alternatives viables et durables. Si l’on ne croit pas réellement à la paix, si on ne pose pas d’actes pour la construire, toutes les professions de foi pour la paix sont de vains discours. La paix n’est pas une option parmi tant d’autres, elle ne saurait non plus être réduite à une simple question de communication, elle est une exigence première de survie de la patrie».
La vie, c’est d’abord en ce moment qu’elle se vit. Le salut, c’est d’abord de vivre, conscient et digne, libre et en paix avec soi et avec les autres. Agir en ce sens, c’est évidemment prendre une position qui serait certainement incomprise. Il faut en être conscient. Mais, cela ne doit pas nous décourager ainsi que toutes les bonnes volontés qui croient aux vertus du dialogue, de la tolérance, du pardon, de l’amour, de la démocratie et de la non-violence. Car, comme l’a si bien affirmé Gandhi, «l’humanité court à son suicide si le monde n’adopte pas la non-violence».
Ensuite, il faudra, coûte-que-coûte initier une véritable culture démocratique, former de nouveaux démocrates depuis l’école, par la réintroduction de la morale et de l’instruction civique dans les programmes scolaires, pour apprendre aux jeunes le mécanisme de la démocratie, vecteur de la paix qu’il faut enraciner solidement dans les mentalités. Car, l’école et le système éducatif devraient jouer totalement leur fonction culturelle de la socialisation et d’intégration, par la diffusion des valeurs sociales telles que le civisme, le respect de l’être humain et de la chose publique, le culte du travail, la solidarité, la tolérance, enfin toutes les valeurs sur lesquelles toute société fonde sa cohésion et puis son énergie culturelle.
De son côté, l’Unesco, dans son acte constitutif affirme: «Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix». Ainsi, nos gouvernants, nos leaders politiques et nous-mêmes citoyens congolais lambdas, censés tous être des démocrates, devrions, ensemble, nous y atteler, pour défendre les valeurs de la démocratie républicaine par les moyens légaux et non par la violence. Nous devrions aussi «nous démarquer de ceux qui espèrent garder leurs privilèges, en suscitant toujours un climat d’anarchie et de décomposition sociale et politique». Nous devrions, enfin, «ne pas nous sentir obligés de soutenir un homme politique dont l’agir ne concorde point avec notre conscience, même s’il est de notre tribu ou de notre région voire de notre parti».
C’est pourquoi il nous faut éviter, à tout prix, que la démocratie, la paix et l’unité que nous voulons pérennes dans notre beau pays ne meurent de haine, d’injustice, de démagogie et de mensonge qui ont pour conséquences l’exclusion, la paupérisation, la clochardisation de nous Congolais et l’affaiblissement social, culturel et politique du Congo. Il nous faut éviter la guerre qui est, comme le dit le Pape François, «une capitulation honteuse. Car, celui qui fait la guerre oublie l’humanité».
Allons donc, nous tous, au mbongui (kanza, lieu de dialogue, de palabre, de sagesse et donc de démocratie), pour trouver les voies et moyens qui doivent nous permettre, d’une part de préserver notre peuple des fléaux de la guerre et des violences gratuites, et d’autre part de construire notre pays dans la paix véritable, «dans la tranquillité des esprits», dans l’unité et de réunir tout ce qui est épars. En avons-nous la volonté politique? Ou au contraire, «serions-nous, comme dit le psalmiste, des hommes et des femmes dont le gosier est un sépulcre ouvert, la langue un instrument de perfidie et le venin de l’aspic sous les lèvres?» ou enfin «ceux qui font le mal, qui parlent de paix à leur prochain, et qui ont la méchanceté dans le cœur?».

Dieudonné
ANTONE-GANGA