Il y a 50 ans, exactement le 5 mai 1972, que le premier Président de la République du Congo, l’abbé Fulbert Youlou, est mort en exil à Madrid, en Espagne, à l’âge de 55 ans. La manière dont il a été bouté hors du pouvoir ne cesse de ressusciter, dans les cœurs de certains compatriotes, la haine de le fustiger et de le calomnier. Politique politicienne, démagogie, malhonnêteté intellectuelle de la part de ces détracteurs? That is the question. Né le 9 juin 1917, à Madibou, au Sud de Brazzaville, Monsieur l’abbé Fulbert Youlou n’est resté que trois ans au pouvoir (1960-1963) en tant que Président de la République. Mais, il accède au pouvoir en novembre 1958, comme Premier ministre chef du gouvernement, après avoir été maire de Brazzaville, à partir de novembre 1956, après la victoire de son parti, l’U.d.d.i.a (Union démocratique de défense des intérêts africains) aux élections municipales.D’aucuns ont continué ou continuent à le calomnier en le rendant par exemple responsable des émeutes de 1959, entre les militants du M.S.A du Vice-Président, Monsieur Jacques Opangault et de son parti l’U.d.d.i.a et non entre les Mbochis et les Koongos, comme osent l’affirmer certains politiciens véreux aux langues de vipère. D’autres l’ont accusé d’avoir tout volé, en reprenant comme des perroquets, ce que les militants de l’U.j.c. (l’Union de la jeunesse congolaise) d’obédience communiste, sous la conduite de Balossa N’Tari Ange alias Beloz, chantaient à tue-tête pendant les événements des 13, 14 et 15 Août 1963, les trois journées glorieuses.  Une rengaine que certains avaient prise comme une parole d’Évangile et relayée à l’époque par le journal «Dipanda» dont le ministre Claude Ernest Ndalla alias Graille fut rédacteur en chef. Une véritable manipulation politicienne. Comme l’a dit Vilfredo Pareto: «Certaines révolutions n’ont abouti qu’à duper le peuple». Qui plus est, «les rumeurs sont comme les papillons: une fois envolées, il est difficile de les rattraper», dixit François Mitterrand.
Loin de moi, l’idée de remuer le couteau dans la plaie. Mais, il me revient en tant que citoyen congolais, témoin des émeutes de 1959 et des événements des 13, 14 et 15 août 1963 de rétablir la vérité des faits, tout en faisant montre d’honnêteté intellectuelle. Car «celui qui sait la vérité et ne hurle pas la vérité, se fait complice des escrocs et des faussaires», dixit Charles Péguy. Ainsi me permettrais-je de partager de nouveau avec vous, ce que j’ai écrit, il y a quelques mois dans l’hebdomadaire «La Semaine Africaine»: «…Que s’était-il passé en réalité en 1959? En 1959, l’U.d.d.i.a, le parti de l’abbé Fulbert Youlou accéda au pouvoir à la suite de la politique de la chaise vide appliquée par le M.s.a de M. Jacques Opangault; ce qui fut une erreur politique et fatale pour ce dernier. Il faut le reconnaître. Car, la politique de la chaise vide n’est pas payante. En effet, du 25 au 30 novembre 1958, les dirigeants des partis politiques, des organisations syndicales et du Conseil du gouvernement de coalition se retrouvèrent à Pointe-Noire, capitale du Moyen-Congo, pour se mettre d’accord sur la nouvelle forme des institutions à mettre en place. Les uns et les autres, en l’occurrence ceux des deux principaux partis, l’U.d.d.i.a et le M.s.a n’arrivèrent pas à s’entendre. Au plus fort de la discussion, un député du M.s.a, M. Yambot, député de Mossendjo (Niari), annonça son passage à l’U.d.d.i.a. Après quelques échanges houleux, les députés du M.s.a quittèrent la salle, laissant la place à leurs collègues de la majorité U.d.d.i.a qui se mirent immédiatement au travail, sous la direction de Christian Jayle, député de Kinkala (Pool), président de l’Assemblée du Moyen-Congo, pour voter une constitution qui leur était favorable. Une nouvelle organisation de gouvernement fut mise donc sur pied. M. Jacques Opangault, alors premier ministre, fut remplacé par M. l’abbé Fulbert Youlou. Puisque Pointe-Noire, ville originaire de M. Félix Tchicaya, l’allié de M. Jacques Opangault était hostile au nouveau gouvernement de M. l’abbé Fulbert Youlou, les députés de l’U.d.d.i.a décidèrent alors le transfert du siège de l’Assemblée à Brazzaville, devenue capitale du Congo, destination vers laquelle ils se rendirent immédiatement et de nuit, par l’autorail.
En 1959, pour éviter que l’U.d.d.i.a ne s’organisât au pouvoir et ne consolidât sa situation dans le pays, le M.s.a réclama en vain la dissolution de l’Assemblée et l’organisation de nouvelles élections législatives. Entre temps, les militants du M.s.a et du P.p.c incités par quelques députés dont M. Pouy, lancèrent des appels réitérés à la guerre civile et sortirent un tract dans lequel ils déclarèrent «le larisme insolent et envahissant». Des émeutes éclatèrent alors tant à Bacongo qu’à Poto-Poto, entre les militants de l’U.d.d.i.a et du M.s.a-P.p.c, et non entre Bakoongos et Mbochis, comme on le raconte sans vergogne. Des pillages et des viols furent enregistrés. Le bilan de ces émeutes se présenta malheureusement comme suit: plus de 100 morts; 177 blessés et 350 maisons détruites. Le Président abbé Fulbert Youlou, le Vice-Président Jacques Opangault, le ministre Stéphane Tchitchelle et tous leurs collègues et acteurs politiques de l’époque, en grands patriotes, faisant leur ces paroles de Jacques Chaban-Delmas, «il faut toujours tirer la leçon du passé. Les problèmes personnels sont dérisoires par rapport au bien du pays. Les mauvais souvenirs sont à écarter», avaient pu faire preuve de dépassement dans l’intérêt supérieur du pays et des populations congolaises. Le Congo et les populations connurent une ère de paix. La preuve: les nouvelles élections présidentielles de 1961 au cours desquelles Monsieur l’abbé Fulbert Youlou, candidat consensuel et unique, fut élu démocratiquement Président de la République, se déroulèrent sans incident. Le Président abbé Fulbert Youlou et le Vice-Président Jacques Opangault donnèrent la priorité au Congo. N’en déplaise aux revanchards et autres fossoyeurs de la paix et de l’unité nationale, qu’on se le dise une fois pour toutes; ils n’incitèrent point à la guerre civile. Ils comprirent que construire ensemble notre pays était un défi qui devait aller au-delà de leurs propres frustrations, de leurs propres échecs, de leurs propres haines, de leurs propres deuils».
C’est l’occasion d’affirmer ici, haut et fort, que le Président abbé Fulbert Youlou et le Vice-Président Jacques Opangault n’étaient pas d’aigris et de revanchards. Ils étaient des hommes supérieurs, c’est-à-dire ceux qui selon Confucius «ont mis d’abord leurs paroles en pratiques, ensuite ont parlé conformément à leurs actions, ont eu une bienveillance égale pour tous et qui ont été enfin sans égoïsme et sans particularité». (A suivre)

Dieudonné
ANTOINE-GANGA.

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