Il y a 50 ans, exactement le 5 mai 1972, que le premier Président de la République du Congo, l’abbé Fulbert Youlou, est mort en exil à Madrid, en Espagne, à l’âge de 55 ans. Ceux qui affirment qu’il aurait tout volé, je leur réponds que c’est archi-faux. Même le tribunal populaire dont le ministère public était tenu par le procureur général de la République, M. Roch Auguste Nganzadi, et qui était présidé par M. Stanislas Batchi, quoique l’ayant condamné par contumace, n’avait pas pu étayer les preuves des chefs d’accusation de détournements de deniers publics qu’on lui reprochait. Il y a quelques années, feu le ministre Simon-Pierre Kikoungha-Ngot, issu pourtant du M.s.a, donc de l’opposition, son adversaire politique, faisant montre d’honnêteté intellectuelle, avait déclaré urbi et orbi, sur les antennes de R.f.i, que le Président Youlou n’avait jamais détourné des deniers publics. De son côté, notre compatriote Mfumu qui nous a quittés il y a deux ans, écrivait dans le quotidien Les Dépêches de Brazzaville, numéro 3291, du vendredi 10 août 2018: «Dans un audit, jamais publié, commandé par le gouvernement Massamba-Débat, aucune trace de détournement de deniers publics imputables à l’abbé Fulbert Youlou n’a été relevée».
Pour sa part, mon ami Lecas Atondo-Monmondjo a écrit à ce propos, dans le journal «La Semaine Africaine» n°3741 du 10 novembre 2017: «…On parla longtemps de la fortune de l’abbé. Mais, sa fortune vint de sa collaboration et de la générosité du sécessionniste Moïse Tchombé du Katanga… Brazzaville fut, sous Youlou, le grand appui de Tchombé en Afrique centrale. Moïse Tchombé ayant frappé sa propre monnaie, refila à Youlou tous les francs congolais (forte monnaie). C’est Hazoumé qui ramena des malles pleines de billets d’argent congolais du Katanga. L’abbé s’employa à les changer en francs belges, puis en francs Cfa… Le slogan «Youlou a tout volé» ne refléta pas la vérité. Un haut fonctionnaire du trésor, chargé dans une commission d’instruire le dossier Youlou sur des détournements de fonds publics, m’assura que Youlou ne touchait point à l’argent public…».
D’autre part, il sied de signaler, pour notre gouverne et celle des générations futures, que le Président abbé Fulbert Youlou, au lieu de garder cet argent pour lui-même ou le mettre dans des comptes à l’étranger, l’avait utilisé pour acheter, pour le compte de son pays, la résidence de l’ambassadeur du Congo en France, à Vaucresson, banlieue parisienne, les appartements de la Rue Boussingault pour les stagiaires congolais en France, la Maison des étudiants congolais (la Mec) à Paris, dans la Rue Broca, les immeubles abritant les chancelleries congolaises à Paris, à Washington, aux Etats-Unis, à Bruxelles en Belgique, la résidence du représentant du Congo aux Nations unies à New-York.
Toujours avec cet argent, il construisit l’Hôtel de ville de Brazzaville, les sièges des mairies de Bacongo, Makélékélé, Moungali et Ouenzé, le commissariat central devenu depuis, l’État-major de l’armée, l’Hôtel Bilombo (nom de sa mère), récupéré par le gouvernement révolutionnaire du Président Alphonse Massamba-Débat et rebaptisé Olympic Palace à l’occasion des Premiers jeux africains en 1965.
Enfin, «le Président abbé Fulbert Youlou fut un grand bâtisseur à l’image du Président ivoirien Houphouët-Boigny, son modèle. Il installa la première chaîne de télévision en Afrique noire. Il prit l’initiative de convoquer la première conférence des Chefs d’État d’expression française (décembre 1960). Cette conférence se transforma en Union africaine et malgache, qui prit le contrepied du groupe de Casablanca, celui des progressistes…», dit encore mon ami Lecas Atondi-Monmondjo.
Cessons donc de calomnier le Président abbé Fulbert Youlou dont la mémoire, comme celle des autres fils et filles du pays, victimes de l’intolérance politique, a été réhabilitée par la Conférence nationale souveraine de 1991. Ne continuons pas à fouiller tout le temps dans sa poubelle qui est certainement moins puante que les nôtres. Il y a tellement eu d’événements dans notre pays depuis le 15 août 1963, date de démission du Président abbé Fulbert Youlou… Utilisons un langage unificateur, un langage de paix. Passons de la violence au dialogue. Faisons nôtre, cette pensée du Premier ministre Bernard Kolélas: «La paix sociale, la justice, l’entente nationale sont un passage obligé pour notre pays. C’est notre seule planche de salut face à la misère sociale qui s’aggrave de jour en jour. C’est pourquoi nous demandons à tous nos compatriotes d’enlever tout obstacle sur le chemin de la paix, de transcender nos égoïsmes et nos divisions, nos rancœurs et méchancetés inutiles pour la construction d’un Congo démocratique, digne de nos meilleures traditions sociales et morales animées par l’esprit de famille élargie, l’esprit de fraternité et de solidarité agissantes».
Il est donc temps de travailler patiemment, chacun à son modeste niveau, à l’éclosion d’une élite au sens politique, intellectuel et spirituel du terme. Sans elle, point d’émancipation. Comme l’affirme souvent, mon ami Lecas Atondi Monmondjo, «il faut rassembler l’intelligence des gens capables de repenser notre pays qui peut être sauvé par un nouvel élan d’union, de fraternité et d’amour. Il faut donc des actes fondateurs forts, mais qui doivent être bien pensés et conduits». Léguons donc aux générations futures, l’esprit patriotique, la vérité et l’honnêteté intellectuelle. Avec le Cardinal Émile Biayenda, j’affirme et je crois que «l’amour est le pardon, la paix est son essence, le dialogue est sa joie. On ne s’aime réellement que lorsque l’amour devenant miséricorde, pardonne tout, en élevant l’autre au plus profond de son humilité».
Enfin, n’en déplaise à ses détracteurs, le Président Abbé Fulbert Youlou fait partie, comme l’a affirmé le ministre Joseph Ouabari Mariotti de «ces grands hommes politiques, humbles, non préoccupés par l’accumulation des biens, et ne dérangeant personne, mais très attachés aux valeurs nationales communes». Repose en paix, Président abbé Fulbert Youlou. «Requiesca in pace, in aeternam» Amen!

Dieudonné
ANTOINE-GANGA.

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