Le 26 juin de chaque année, l’humanité célèbre la journée internationale de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cet instrument juridique, né du désir profond des Etats membres de l’Onu (Organisation des Nations unies) d’accroître leur efficacité dans une lutte contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, est entré en vigueur, au Congo-Brazzaville, depuis septembre 2003. A Brazzaville, deux O.n.gs de défense des droits de l’homme ont fait entendre leurs voix, pour appeler à l’arrêt de la pratique de la torture dans les commissariats de police et postes de garde de la gendarmerie.

Franck Chardin Tchibinda, directeur exécutif de l’O.c.d.h (Observatoire congolais des droits de l’homme), et Trésor Nzila Kendet, directeur exécutif du C.a.d (Centre d’actions pour le développement), ont tenu, chacun de son côté, une conférence de presse à l’occasion de la célébration de la 35ème Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture à Brazzaville. Ils ont dénoncé la poursuite de «l’usage de la pratique de la torture au sein des forces de police et appelé le gouvernement à adopter des garanties substantielles pour préserver l’intégrité physique et psychologique des citoyens au Congo et faciliter l’accès des victimes à la justice».
Intitulée «Congo, stop torture», la déclaration du C.a.d relève que «les membres des forces de l’ordre continuent à torturer et à tuer en toute impunité, la justice reste inaccessible pour les victimes. De nombreuses personnes ont perdu leurs vies du fait de la torture ces dernières années. D’autres ont été rendues invalides et portent aujourd’hui des marques indélébiles. A Titre d’exemple: Eleck Brandon, Loubaki Rolvie, Arnaud Mondzola, Hyppolite Doukouro, Stéphane Bizao sont décédés au commissariat central de Brazzaville entre novembre 2021 et janvier 2022 des suites de tortures. Par ailleurs, entre 2021 et 2022, Prince Lemako, Junior Ngokomoka, Oborolende Gambi Richnel, Mbangou Stellon et Gelca Rodi Kamou ont perdu l’usage de leurs pieds du fait de la torture».
«Fort malheureusement, 19 ans après l’entrée en vigueur au Congo-Brazzaville, de la convention, les cas de torture, de traitements cruels, inhumains et dégradants sont encore récurrents. Et la fréquence avec laquelle ces actes sont commis porte à croire que cela relève d’une volonté manifeste de la part des autorités compétentes tendant à ramener le pays en arrière, en ce qui concerne le respect des droits humains. Ceci n’honore point les Congolais et entache, de manière indélébile, la marche vers le développement. Car, c’est de façon quotidienne que ces actes sont commis au Congo-Brazzaville et ce, sous l’œil indifférent des autorités politiques et administratives», déclare le C.a.d.
Analysant le comportement des autorités congolaises, Trésor Nzila Kendet estime que «le mépris des autorités congolaises pour la dignité humaine se traduit par le déni perpétuel de reconnaissance de la pratique de la torture, même lorsqu’elle est suffisamment étayée. Une telle pratique semble indiquer que le crime de torture obéit à une stratégie de violence étatique».
Dans sa déclaration, l’O.c.d.h dénonce «la récurrence des cas de torture en République du Congo, malgré l’adhésion à la convention contre la torture depuis 19 ans». «Sur les 43 cas suivis par l’O.c.d.h, 9 se sont soldés par la mort des personnes torturées. Ceci est d’autant plus inquiétant qu’en tant qu’organisation de la société civile, œuvrant pour la promotion et la protection des droits humains, aucun effort ne doit être ménagé dans cette lutte contre les violences flagrantes des droits humains», a indiqué de son directeur exécutif, Franck Chardin Aubin Tchibinda.
Il faut souligner que les deux organisations de défense des droits de l’homme épinglent le fait que dans le pays, les victimes de torture par les agents de la Force publique «souffrent de la non-exécution des décisions de justice rendues, qui s’apparentent à une violation du droit à un procès juste et équitable». Les commissariats de police et les postes des brigades de gendarmerie sont devenus des foyers de tortures. Il est rare de voir des victimes de la torture obtenir réparation, parce que les tortionnaires sont protégés par l’Etat. Les associations de défense des droits de l’homme ont fait des recommandations entre autres:
– «Prendre des mesures sociales symboliques en faveur des victimes de torture et faire avancer tous les dossiers pendants devant les cours et tribunaux;
– mettre sur pied le mécanisme national de prévention de la torture et d’assistance aux victimes;
– instituer la présence d’un avocat pour assister aux interrogations dans les postes de police et brigades et gendarmerie, pour des victimes indigentes;
– construire des postes de police et brigades de gendarmerie répondant aux standards internationaux et équipés de systèmes de vidéo-surveillance, pour décourager toutes velléités de recours à la torture et aux mauvais traitements».
Signalons que du côté du C.a.d, plusieurs activités sont menées, jusqu’au 30 juin, dans le cadre de cette journée, comme la visite des familles identifiées comme ayant des victimes de torture.

Chrysostome
FOUCK ZONZEKA