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15 août 1960 – 15 août 2020 : Une République née dans la violence, qui accède à l’indépendance dans la fête!

15 août 1960 – 15 août 2020 : Une République née dans la violence, qui accède à l’indépendance dans la fête!

La République du Congo est créée le 28 novembre 1958 par les parlementaires de l’assemblée territoriale congolaise, siégeant à Pointe-Noire, alors capitale du Moyen-Congo, l’une des quatre colonies de l’A.e.f (Afrique équatoriale française), avec l’Oubangui-Chari, le Gabon et le Tchad. La nouvelle République était membre de la Communauté française, créée par le général De Gaulle, après son retour au pouvoir en juin 1958. Formée autour de la France par les Etats de son empire colonial, la Communauté française avait remplacé l’Union française dans la 5ème République.

Revenu au pouvoir à Paris en juin 1958, le très visionnaire général Charles De Gaulle fait d’abord évoluer les institutions de son pays, en changeant de Constitution. Il instaure la 5ème République proclamée le 5 octobre 1958, après le référendum du 28 septembre.
La véritable innovation qu’il introduit est qu’il fait du Président de la République, la clé de voûte des institutions. Dès lors, il devient l’acteur central, comme son homologue américain, qui donne le rythme de la marche du pays.
Il s’attaque, ensuite, à l’empire formé par la France en Afrique, en se montrant ouvert à l’évolution du statut des territoires sous domination.
L’Union française, avec sa vision d’assimilation des populations indigènes, était menacée d’implosion par les revendications de liberté, d’autonomie et d’auto-détermination qui bouillonnaient dans les territoires d’Outre-mer. L’expansion des idées révolutionnaires françaises aidant.
A son discours du 24 août 1958, à Brazzaville, alors capitale de l’A.e.f, De Gaulle fait une concession à tout territoire membre de la communauté, de négocier plus tard son indépendance, s’il en exprime le désir. Cette ouverture confère le succès du «oui» au référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 qui, dans les colonies, proposait la création de la Communauté française. Seule la Guinée de Sékou Touré, qui dit «non», accède à l’indépendance le 2 octobre 1958 et fut méprisée par la France.
Au Moyen-Congo, tous les dirigeants politiques (Jacques Opangault, Fulbert Youlou, Jean-Félix Tchicaya…) appelèrent à voter «oui» à la Communauté française, avec un score de 99,3% des suffrages exprimés. Les Congolais sont véritablement francophiles. Le Moyen-Congo devint ainsi un Etat membre de la Communauté française. Le 28 novembre 1958, l’assemblée territoriale, issue des élections de mars 1957 gagnées sur le fil par la coalition de Jacques Opangault (23 députés contre 22 à Fulbert Youlou), ne s’entend pas sur la configuration des nouvelles institutions, après le référendum du 28 septembre. Le M.s.a avait gagné les élections territoriales de mars 1957, grâce à l’apport de Simon Kikounga-Ngot qui avait quitté l’U.d.d.i.a où il était vice-président, pour créer son parti, emportant ainsi l’électorat du Niari.
Pour sortir de cette crise, un gouvernement de coalition M.s.a/U.d.d.i.a était formé, avec Jacques Opangault comme vice-président du conseil du gouvernement (Premier ministre), alors que Fulbert Youlou, le leader de l’U.d.d.i.a, prenait le portefeuille de l’agriculture.
Siégeant à Pointe-Noire, sous la présidence de Christian Jayle, député français de l’U.d.d.i.a, l’assemblée territoriale doit adopter les nouveaux textes législatifs. Le basculement d’un député, Georges Yambot, du parti de Simon Kikounga-Ngot, dans le camp de l’U.d.d.i.a, quelques semaines avant, donne la majorité à Fulbert Youlou.
Fort de cet acquis, celui-ci réclamait déjà le poste de vice-président du conseil du gouvernement. Il est, finalement, élu par les députés comme Premier ministre du gouvernement provisoire.
Contestant le basculement du député Georges Yambot, le leader du M.s.a quitte la salle en colère avec ses députés.
Malgré le départ des 22 députés de la coalition M.s.a, l’assemblée territoriale siégeant, à la majorité de 23 députés, adopte plusieurs textes législatifs dont la délibération portant création de la République du Congo, la loi constitutionnelle n°1 organisant les pouvoirs au sein de la République et la loi constitutionnelle n°2 fixant le siège des institutions nationales à Brazzaville (Voir la première édition du Journal Officiel publiée le 9 décembre 1958).
Le lendemain, les députés de la coalition Opangault/Kikounga-Ngot se réunissent à l’assemblée territoriale, pour vouloir annuler les décisions prises la veille. Mais, c’est un échec. Ses militants manifestent à Pointe-Noire, provoquant des émeutes qui font un mort et des dégâts matériels, notamment des maisons brûlées.
L’armée française intervient pour rétablir le calme.
Jacques Opangault, qui dénonce un «coup d’Etat constitutionnel», réclame de nouvelles élections législatives, pour régler la crise née de la défection d’un de ses députés. Les évènements se déroulent maintenant à Brazzaville, devenue la capitale politique de la nouvelle République. L’assemblée territoriale siège à Bacongo, dans le bâtiment qu’occupe aujourd’hui la Faculté de droit de l’Université Marien Ngouabi, à côté du Lycée Savorgnan De Brazza.
Pour obtenir le calme, Youlou et Opangault signent, le 26 août 1958, un accord qui fixe les élections législatives en mars 1959. Le 28 décembre 1958, Fulbert Youlou est confirmé dans ses fonctions de Premier ministre et il forme un gouvernement voulu représentatif des régions du pays et des tendances politiques.
Deux députés français du M.s.a y sont cooptés, Albert Fourvelle et André Kerherve.
Mais, comble de l’appétit politique, devenu Premier ministre, Fulbert Youlou renonce à organiser les élections territoriales, comme prévu par l’accord. Ce qui met en colère les députés de la coalition M.s.a qui réclament la dissolution de la chambre.
Le 16 février 1959, un incident sanglant est le détonateur des affrontements entre partisans des deux leaders. Ces affrontements, appelés «guerre de 1959», se soldent, en deux jours, par une centaine de morts, des centaines de blessés et des maisons brûlées ou endommagées, à Bacongo, Poto-Poto et les quartiers périphériques. Encore une fois, l’armée française rétablit le calme à partir du 18 février.
Accusé d’incitation à la violence, Jacques Opangaut est jeté en prison et sera libéré sans jugement cinq mois plus tard. Entre-temps, le Premier ministre consolide son pouvoir en faisant adopter une nouvelle Constitution. Le camp du M.s.a enregistre deux nouvelles défections.
Aux élections législatives du 14 juin 1959, la coalition de l’U.d.d.i.a décroche 51 sièges à l’assemblée, devenue nationale, contre 10 pour le M.s.a, qui connaît un grand recul.
Le 21 novembre 1959, Fulbert Youlou, qui a une majorité confortable, est élu Président de la République par la chambre.
Toujours dans le souci d’asseoir son pouvoir, il mène une politique répressive contre les matswanistes et se réconcilie avec son adversaire de toujours, Jacques Opangault.
Ainsi, le 15 août 1960, pour placer l’indépendance sous le signe de l’unité nationale, le Président Youlou fait entrer Jacques Opangault au gouvernement, en qualité de ministre d’Etat, vice-président du conseil. Et c’est la paix, c’est la fête, le jour de la proclamation de l’indépendance!
Mais, depuis, le Congo connaît un triste sort, avec un cycle récurrent de violences et de paix. Chaque Congolais, où qu’il se trouve sur la planète, peut mesurer par lui-même si son pays en est définitivement sorti, 60 ans après l’accession à la souveraineté nationale.

Narcisse MAVOUNGOU

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24 octobre 2020, 23: 56

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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